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« Merci d’avoir osé » : un premier public conquis par le film « Koungou »

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Le premier film 100 % mahorais, « Koungou », sur la délinquance juvénile, sortira lundi 29 avril, en avant-première, au cinéma Alpa Joe de Mamoudzou. Ses deux réalisateurs, Naftal Dylan et Mass Youssouffa, l’ont présenté à la presse ce mardi. 

« La mairie voulait donner une lueur d’espoir », introduit Naftal Dylan Soibri, aux côtés de Mass Youssouffa, avant de lâcher « leur bébé ». Ce mardi 16 avril, les deux réalisateurs connus pour leur série « FBI Mayotte » présentent pour la première fois devant un public leur film « Koungou », au cinéma Alpa Joe. Une œuvre qui répond à un appel à projet de la commune qui a inspiré les artistes. La commande concernait initialement un court-métrage sur le thème de la délinquance juvénile. Mais pour ces co-auteurs, en quête de réalisme et d’authenticité, il était impossible de raconter cette ville en trente minutes. Ils prennent alors le pari de le faire en 1h35. Et si sur le papier, on sait dès le départ que l’histoire connaîtra une « bonne fin », le film, inspiré d’histoires racontées, n’écarte en rien le contexte compliqué de Mayotte.

Nous voilà donc embarqués dans les trajectoires de vie de Hakim et d’Isaak, lycéens à Koungou. Les deux personnages vivent à l’intérieur de bangas en tôle dans des villages frontaliers considérés comme ennemis à Mayotte : Koungou et Majicavo. L’un habite auprès de sa mère et son frère ; l’autre auprès de sa tante à qui il a été confié, encore enfant, par sa mère, arrêtée par la police aux frontières. Ce qui n’empêche pas, dès les premières images, de faire résonner ces mots : « Les choix que nous faisons construisent ce que nous sommes. » Et c’est ce que va démontrer l’entièreté du film, tout en révélant à quel point il est aussi facile et tentant pour un jeune de glisser dans la délinquance. Que cela soit pour le premier, aimé par sa famille et doué à l’école, mais qui ne peut pas se payer de fournitures scolaires. Ou l’autre, poussé à faire la manche après le lycée pour manger et, surtout, à qui on répète inlassablement qu’il est un « vaurien ». Jusqu’à ce que lui aussi pense qu’il ne vaut rien. « Rejoindre la bande », « faire partie de la famille » pour se sentir plus fort ou accepté dans un groupe devient une obsession.

« C’est le projet de notre vie »

La suite est une succession de choix qui deviennent des points de bascule. Différentes mains leur sont tendues. S’ils les saisissent, on leur dit qu’ils pourraient s’en sortir, éviter la case prison et parvenir à s’insérer. Et s’ils n’en veulent pas, s’enfoncer dans le cycle infernal des représailles. Alternant avec des vues aériennes, « Koungou » fait penser au film « La Haine », de Mathieu Kassovitz, mais dans un contexte propre à Mayotte. À ceci près, que celui-ci finit par montrer une issue favorable, même si le chemin est compliqué, car « tout réussit à celui qui croit ». Et à celui qui pardonne, donne-t-il comme leçon.

« Vous avez chopé juste », réagit un éducateur spécialisé, dans le public, une fois la séance terminée. « Merci d’avoir osé. D’avoir réhabilité aussi la puissance du pardon et de la famille, et mis en avant le travail social », ajoute Hugues Makengo, directeur de Mlezi Maoré qui prend notamment en charge des jeunes égarés dans la délinquance.

« C’est le projet de notre vie. On a donné tout ce qu’on a pu », reprend Naftal Dylan Soibri, la séance terminée. Il faut dire qu’en quasiment un an, le duo a dû écrire le scénario dès le mois de juin, faire les repérages, passer les castings parmi la population mahoraise, tourner les images avec les jeunes pendant les vacances scolaires en octobre, et tout monter pour livrer le film dans les délais. « On n’oubliera jamais le tournage, toutes les nuits blanches passées à écrire, monter, se prendre la tête », reprend le jeune homme de 31 ans.

« Quand on demandait aux jeunes de venir à 8h, ils venaient à 6h »

L’équipe se souviendra aussi du premier contact avec une caméra, avec ces jeunes issus des deux villages et qui se sont lancés, comme eux, dans la première expérience d’un film. « Ils se sont montrés super impliqués. Quand on leur demandait de venir à 8 heures, ils venaient à 6 heures », illustre Mass Youssouffa, 40 ans et issu de la banlieue de Marseille. « Même gratuitement, ils seraient venus. On les a poussés mais ils ne lâchaient pas […] On répétait de longues journées. Quand on devait faire des scènes de nuit, on devait les re-réveiller et ils étaient toujours d’attaque. » Et « hallucinés », note-t-il, d’être logés à l’hôtel et servis au petit-déjeuner le matin. « Ça les a sortis de leur quotidien. »

Ils espèrent que le film pourra « faire réfléchir quelques jeunes » et impulser un mouvement de la part des collectivités pour développer le cinéma à Mayotte, où il n’y a pas d’école et pourtant des jeunes « avec du potentiel avec tout ce qu’ils savent faire sur leur téléphone ». Pour ce projet, les réalisateurs eux-mêmes n’y croyaient pas. C’est le premier virement des 100.000 euros promis par la mairie de Koungou qui leur a prouvé que c’était possible.

Les jeunes acteurs se découvriront quant à eux lors de l’avant-première, prévue le lundi 29 avril prochain, au même endroit. Le 1er mai marquera sa sortie officielle en salles à Mayotte. Mais il pourrait aussi par la suite être projeté dans plusieurs villes de métropole lors d’une tournée de deux à trois semaines, une fois le visa d’exploitation obtenu par le centre national du cinéma (CNC). Dans l’archipel, il pourra également être visionné par les scolaires, les plus grands avec le pass culture et pourquoi pas, comme suggéré dans le public, dans la prison de Majicavo.

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