Alors que la campagne 2026 de la Politique agricole commune (PAC) vient d’être officiellement lancée, un autre visage de cette échéance annuelle se dessine à Mayotte : celui d’un parcours parfois semé d’obstacles pour des agriculteurs confrontés à la dématérialisation croissante des démarches.
Depuis le 1er avril, et jusqu’au 18 mai 2026, les exploitants mahorais doivent impérativement déclarer leurs surfaces et leurs activités agricoles pour espérer bénéficier des aides européennes. Une étape administrative incontournable, mais qui, sur le terrain, révèle des réalités bien plus complexes qu’un simple formulaire à remplir.
La télédéclaration, désormais obligatoire, marque une évolution majeure dans la gestion des dossiers PAC. Si elle vise à simplifier et accélérer les procédures, elle constitue aussi un frein pour une partie des agriculteurs, notamment ceux les moins familiarisés avec les outils numériques.
Dans un département où les disparités d’accès au numérique persistent, cette transition impose une adaptation rapide. Entre connexions instables, manque d’équipement ou difficulté à maîtriser les plateformes en ligne, certains exploitants se retrouvent en difficulté face à cette modernisation administrative.
Une mobilisation locale pour éviter le décrochage
Consciente de ces enjeux, la CAPAM (Chambre d’agriculture, de la pêche et de l’aquaculture de Mayotte) a décidé de renforcer son accompagnement sur le terrain. À partir du mardi 7 avril 2026, trois points d’accueil sont déployés à travers le territoire pour venir en aide aux agriculteurs.
Les sites de Mamoudzou, Hamjago et Combani (bâtiment FESTIM) accueilleront les exploitants selon des horaires définis : du lundi au jeudi de 8h à 12h, et le vendredi jusqu’à 11h.
Des agents spécialisés y seront présents pour guider pas à pas les agriculteurs dans leur déclaration. Cette assistance humaine apparaît aujourd’hui comme un maillon essentiel pour éviter que certains ne passent à côté de ces aides vitales.
Une organisation pensée pour limiter les tensions
Afin de fluidifier l’affluence et garantir un accompagnement de qualité, un planning par secteur a été instauré. Les agriculteurs sont invités à respecter les jours de réception correspondant à leur commune, une mesure qui vise à éviter les files d’attente et les situations de saturation.
Cette organisation témoigne d’une volonté claire : rendre accessible à tous un dispositif souvent perçu comme technique et complexe.
Derrière la déclaration, un enjeu économique crucial
Au-delà de l’aspect administratif, la campagne PAC représente un levier économique majeur pour l’agriculture mahoraise. Ces aides européennes constituent souvent une ressource déterminante pour maintenir les exploitations à flot, investir dans du matériel ou encore développer de nouvelles activités.
Dans un territoire où l’agriculture reste fragile et exposée à de nombreux défis – climatiques, économiques et structurels -, chaque déclaration validée peut faire la différence.
Une campagne révélatrice des fractures
Finalement, cette campagne 2026 met en lumière une réalité plus large : celle d’une agriculture en mutation, tiraillée entre modernisation administrative et réalités locales. Si les outils évoluent, l’accompagnement humain demeure indispensable pour garantir que personne ne soit laissé de côté.
Soidiki Mohamed El Mounir, connu sous le nom de "Soldat", est une figure du journalisme mahorais. Après ses débuts à la fin des années 1980 au sein du magazine Jana na Léo, il participe à l’aventure du Journal de Mayotte, premier hebdomadaire de l’île, avant de rejoindre le Journal Kwezi. En 2000, il cofonde la Somapresse, société éditrice de Mayotte Hebdo et Flash Infos, contribuant ainsi à structurer et enrichir le paysage médiatique de Mayotte.





































