À Mayotte, la gestion des déchets d’élevage est un enjeu environnemental majeur. Depuis plusieurs années, une coopérative agricole à Ironi Be s’organise pour transformer les fientes de poules en engrais organique. Elle relance enfin sa production depuis le cyclone Chido. Un procédé qui améliore les sols agricoles, réduit les risques de pollution et offre une alternative aux engrais chimiques. 1 000 tonnes d’engrais par an
Depuis 2021, la coopérative agricole d’Ironi Be, Mayotte Agricoop, transforme en un engrais organique les fientes des 125 000 poules de l’agriculteur-éleveur Pierre Bubet, installé à Mayotte depuis une quinzaine d’années. Forte de son succès, la coopérative redémarre enfin sa production, temporairement interrompue par le passage du cyclone Chido, alors que la production venait tout juste de démarrer. Pierre Bobet, agriculteur-éleveur, s’est lancé dans la production d’environ 1 000 tonnes par an d’engrais organique déshydratés, intégralement destinés aux agriculteurs mahorais. Cette quantité permet d’améliorer la fertilité d’environ 700 hectares de cultures. Un chiffre encore modeste à l’échelle du territoire : Mayotte compte près de 6000 hectares de surfaces agricoles utilisées.
Des résultats encourageants dans les plantations
Pour mesurer l’efficacité de cet engrais organique, des essais sont menés dans différentes cultures par Caroline Joubert, responsable des productions végétales au sein de la coopérative agricole Mayotte Agricoop et spécialiste de la vie des sols. Depuis sept mois, Caroline Joubert compare cet engrais avec des fertilisants chimiques en l’utilisant dans une plantation de bananiers. Les premiers résultats sont encourageants : les plants nourris avec l’engrais organique se développent mieux et entrent en production plus rapidement. « Avec un engrais organique, le développement des plants est meilleur et la fructification est plus précoce », explique-t-elle. Dans de nombreuses exploitations mahoraises, les bananiers mettent plus d’un an avant de produire faute de fertilisation suffisante. Dans ces essais, les régimes apparaissent environ huit mois après la plantation.
Améliorer les sols et protéger le lagon
Au-delà du rendement agricole, l’objectif est aussi environnemental. L’utilisation d’engrais organiques, ici, biologique, permet d’améliorer la structure des sols tropicaux, de limiter l’érosion et de réduire la lixiviation, phénomène par lequel la pluie « lessive » le sol et entraîne les nutriments ou les engrais vers les cours d’eau, pouvant contribuer à la pollution du lagon. La valorisation des fientes de poules s’inscrit aussi dans le principe du « pollueur-payeur » : tous les éleveurs doivent aujourd’hui trouver des solutions pour traiter les déchets issus de leurs exploitations.
Une réponse à une obligation réglementaire
Dans les élevages, les déchets organiques ne peuvent pas être laissés ou épandus n’importe où. Leur gestion est strictement encadrée par la réglementation afin d’éviter les pollutions. « Les règles d’épandage sont toutefois difficiles à appliquer à Mayotte, notamment en raison du relief accidenté et du manque de surfaces adaptées », selon Pierre Bobet. Pour répondre à cette contrainte, l’éleveur a choisi une solution plus simple et accessible localement : la déshydratation des fientes de poules. Ce procédé permet de transformer ce déchet en amendement organique, puis en véritable engrais biologique. Contrairement à un engrais classique qui nourrit directement la plante, un amendement agit d’abord sur le sol en améliorant sa structure et sa fertilité.
De la fiente fraîche à un engrais stabilisé
La transformation consiste à réduire fortement l’humidité des fientes. À l’état frais, elles contiennent environ 85 % d’eau. Après déshydratation, il ne reste plus que 15 % d’humidité. Le résultat donne un produit sec qui prend la forme de granulés, plus faciles à épandre et moins encombrants. La déshydratation permet également de stabiliser l’azote présent dans les fientes. À l’état brut, cet azote ammoniacal peut provoquer des brûlures sur les plants. Une fois séchées, les fientes perdent cet effet agressif. Un procédé nécessaire car les fientes peuvent contenir des bactéries ou des virus. Elles ne sont donc pas adaptées à certaines cultures sensibles, notamment les productions maraîchères à cycle court comme les salades ou les brèdes. Pour obtenir un produit totalement sûr, les fientes sont donc séchées à plus de 60 degrés par un traitement thermique qui élimine les bactéries. Du calcium et de la potasse sont également ajoutés afin d’obtenir un engrais équilibré.
Une filière locale soutenue par l’Europe
Ce projet a été accompagné par des financements européens dans le cadre du développement de pratiques agricoles plus durables. La transformation des effluents d’élevage s’inscrit en effet dans les objectifs de l’agroécologie, promue par l’Europe pour limiter la pollution des sols. La déshydratation reste aujourd’hui la solution la plus simple techniquement, même si les équipements représentent un investissement important : une machine coûte jusqu’à un million d’euros, en partie financé par les fonds européens



































