L’agriculture à Mayotte, entre méfiance institutionnelle et optimisme

L’agriculture à Mayotte, entre méfiance institutionnelle et optimisme

Mercredi, le Département a présenté les orientations stratégiques pour l’agriculture de Mayotte d’ici 2030, le premier document stratégique dans ce domaine. Si les trois grands axes ont fait l’unanimité sur le papier, les agriculteurs ont émis quelques doutes quant à sa réalisation sur le terrain, en raison de l’absence d’élu référent en charge du secteur et des prochaines élections départementales.

« Aucune majorité ne s’est intéressée à l’agriculture depuis Bamana », regrette Ishak Ibrahim, exploitant agricole depuis 5 ans à Ongoujou. Le triste constat porté par l’éleveur de bovins intervient à l’occasion de la présentation des orientations stratégiques pour l’agriculture (OPA) de Mayotte d’ici 2030. Si l’assemblée se montre satisfaite sur « la forme », elle pointe du doigt l’absence d’interlocuteurs dédiés du côté du conseil départemental. « Par moment, nous étions en contact avec le vice-président chargé de la culture ou du tourisme. Et aujourd’hui, nous sommes face à celui qui s’occupe des fonds européens », se désole celui qui a repris l’exploitation familiale, à la suite d’une reconversion professionnelle.

Pourtant, ce document inédit pose les bases pour permettre à la profession de se projeter dans un avenir agricole durable et pérenne sur l’île aux parfums. Un secteur d’activité qui représente ni plus ni moins 5% du produit intérieur brut mahorais. Le premier axe souhaite valoriser ce corps de métier auprès du grand public, tant sur le plan de la promotion des produits locaux que sur celui du renforcement de l’attractivité du métier d’agriculteur pour encourager l’installation des jeunes. L’objectif ? Renforcer la confiance de ces amoureux de la terre. Le deuxième point consiste à soutenir le développement d’une agriculture performante, pour renforcer la résilience du territoire. L’idée suppose de combiner professionnalisation et tradition mais aussi d’intensifier et de renforcer les actions de régulation du foncier agricole. Une denrée rare dans le 101ème département… Sans oublier d’accompagner la montée en compétences des « paysans » comme ils aiment se définir et les actions de mutualisation. Le troisième volet vise à organiser l’action du conseil départemental en faveur d’une agriculture durable et inclusive.

Un pessimisme ambiant

Malheureusement, cela ne semble pas suffisant à entendre Daouriou Siaka, éleveur de volailles et cultivateur de vanille depuis 2012 à Poroani. « Je ne pense pas du tout que cela va changer quoi que ce soit si derrière il n’y a pas d’enveloppe budgétaire pour nous soutenir. Je suis pessimiste ! », livre-t-il quelques minutes après n’avoir reçu aucune réponse à ses interrogations émises pendant la présentation concernant le devenir de l’agriculture traditionnelle. Pis encore, il se révolte contre les chambres consulaires, absentes ce mercredi, qui sont censées mettre en place les directives, et fustige en particulier la chambre d’agriculture, de pêche et d’aquaculture. « Il faudrait peut-être que la direction des ressources terrestres et maritimes du Département l’englobe car elle a la technicité pour améliorer les choses. » À l’inverse d’Ishak Ibrahim, qui exige la création d’un poste de vice-président en charge de l’agriculture, et donc d’une commission agricole, pour porter la voix du milieu au sein de l’assemblée. « Sinon ça ne bougera jamais ! C’est ce qui manque pour mettre en route ces OPA. Sans représentant de la collectivité dans les réunions, nous n’allons pas nous en sortir. » Mieux, il invite la majorité à le faire avant les prochaines élections départementales prévues au mois de mars, histoire de lancer un message fort. « Peut-être que les futurs élus prendraient alors en considération cette fonction », avance-t-il. Une proposition balayée immédiatement d’un revers de la main par Mohamed Sidi, prétextant un nombre maximal de vice-présidents… Soit ! Sauf que la mise en œuvre de ce document dépend de l’approbation et l’appropriation de ses propositions par toutes les acteurs, car il s’agit d’une approche partenariale. Et selon Magoume Gaye, chargé de mission des affaires agricoles et maritimes au secrétariat général pour les affaires maritimes (SGAR), « le préfet n’est pas très content des résultats pour l’agriculture et la mer ». Alors au boulot !

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