11/04/2008 - Enquête sur l'emploi dans le privé - 8 entreprises sur 10 envisagent d'embaucher

11/04/2008 - Enquête sur l'emploi dans le privé - 8 entreprises sur 10 envisagent d'embaucher
Certes le mieux est l'ennemi du bien, mais les 107 tableaux de l'étude Ipsos rendue publique ce jeudi par la Caisse d'assurance chômage qu'il l'avait commandée montre que le monde économique mahorais se situe sur la bonne voie… ou plutôt sur le bon layon. Il est vrai que la situation décrite rend perplexe tant les difficultés rencontrées paraissent dater d'un autre temps.

La première difficulté des ressources humaines réside dans l'embauche du personnel. La première raison ? "Le manque de candidats dans l'absolu", note l'étude. Effectivement, quand on n'a pas de candidats à sélectionner, il est dur d'embaucher. Dans tous les cas le choix est des plus restreint. Dans le même temps, le philosophe explique que "choisir c'est renoncer". Le renoncement est donc étranger à Mayotte, ce qui est plutôt positif, non ?

Les trois grands manques de main d'œuvre se ressentent quand il faut embaucher un comptable, malgré tous les bacs STG, considérés comme la dernière roue du carrosse dans l'Education nationale. 45% des offres n'ont pas trouvé preneur dans cette fonction, ensuite ce sont les commerciaux (75%) et plus étonnant les standardistes et hôtesses d'accueil. Cette dernière carence met en valeur la grande absence d'une instruction "nationale" maîtrisée.

Un écueil certes problématique mais qui peut être évité par une formation aux compétences de bases. Seules 57% des grandes entreprises sont conscients de ce problème. Plus les entreprises diminuent de taille, moins elles s'efforcent à former. De manière globale, seulement 40% des sociétés à Mayotte pensent à former leurs personnels. Les entreprises de plus de 50 salariés disposent d'un budget formation pour 89% d'entre elles, mais seulement 55% possèdent un directeur des ressources humaines, ce qui est très peu, malgré les efforts de la DTEFP à les sensibiliser à l'importance de ce secteur.

"Toutes les entreprises interrogées, surtout dans l’industrie, ont affirmé avoir eu de très grosses difficultés, voire des problèmes pour recruter, en CDI (83%), pour les postes à responsabilités. Ces difficultés sont essentiellement dues au manque de compétences techniques, au manque d’expériences, au déficit de formation, au manque de qualités personnelles des candidats", affirme l'étude Ipsos.
 
 

70% des entreprises mahoraises ont embauché localement

Malgré tout, 94% des offres d'emplois ont été pourvues, ce qui reste colossal et 70% des entreprises mahoraises ont embauché localement. Ce bon pourcentage est malheureusement lié au statut de la main d'œuvre dans l'île. Pour toutes les sociétés, la main d'œuvre locale rime avec ouvriers (35% des emplois) et employés (45%). Cette situation ne tend pas à s'équilibrer puisque dans les projections des patrons, les futures embauches concerneront à 88% ces deux catégories. Seulement 6% de cadres sont présents dans ce tissu économique.
Mayotte est encore un pays de manœuvres. Les bureaux climatisés tant espérés et obtenus dans le secteur public constituent une chimère pour les 12.000 salariés du privé. En 2006-2007, sur les 2.690 embauches réalisées, 1.297 concernaient des postes d'ouvriers qualifiés ou non qualifiés. "Et en plus, il faut les former sur le tas", se plaignent les patrons qui n'oublient pas tout de même que le salaire est moindre par rapport à ce qu'il serait dans un département.
"Je ne suis absolument pas contre l'arrivée du département. Mon syndicat a soutenu et soutient la volonté égalitaire des Mahorais avec nos concitoyens. Nous avons établi un calendrier de rattrapage du Smig vers le Smic. Ce que je déplore c'est qu'aucun plan de rattrapage dans la formation professionnelle n'a été préparé. Aucun calendrier ne dit quand un ouvrier mahorais obtiendra la même productivité qu'un ouvrier au Smic", se plaignait dernièrement un entrepreneur du BTP.
L'étude sur la productivité rendue fin 2007 a montré que : "Par secteur, Mayotte compte trois à cinq points de retard, voire 10 points comme dans l'artisanat. Je pense que nous pouvons gagner de 2 à 3% de productivité par une meilleure organisation", tempère Gilbert Laporte, le directeur de l'Arvise (Association réunionnaise pour la valorisation de l'initiative socio-économique), délégué régional de l'Anact (Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail) et rapporteur de l'étude sur la productivité.
Ce dernier a mis sur la sellette tout le système d'emplois intermédiaires qui coûte trop cher à ses yeux. "Il est peut-être venu le temps de faire confiance à la base. Si la masse salariale par rapport à la valeur ajoutée créée par l'entreprise correspond à la moyenne nationale, autour des 60%, c'est l'encadrement de contrôle de l'exécution qui a un coût très élevé. En plus, cette forte présence déresponsabilise la base qui se dit toujours que si elle commet une erreur quelqu'un la réparera. Il est temps de lâcher le bonhomme."

 

Développement de l'emploi précaire

Ce n'est pas l'option qui semble avoir été prise par les opérateurs économiques. Depuis 2006, le nombre d'emplois précaire symbolisés par les contrats de chantiers se multiplie. Ces derniers se retrouvaient uniquement dans les grandes entreprises de BTP. 28% des contrats du secteur sont de ce type, soit 10% du total des 12.000 emplois. Maintenant, on voit apparaître des contrats de chantiers dans le secteur associatif et surtout dans des petites structures.
60% des embauches prévues en 2007 dans les structures de moins de cinq salariés et 75% dans celles de moins de dix envisageaient la signature d'un tel engagement très provisoire. Tout de même, le CDI reste la règle avec 75% des contrats signés, mais encore une fois dans les embauches envisagées celui-ci tombe à 36% à égalité avec le CDD, le reste étant réservé au contrat de chantier. Une évolution inquiétante sur laquelle les pouvoirs ont peu d'emprise, à moins qu'il ne s'agisse de la structuration d'un chemin vers l'emploi, débutant par le CDD ou le contrat d'un chantier.


L'étude recense, brièvement, 900 postes menacés tandis que 1.800 embauches sont prévues. Un seuil positif mais qui ne couvre pas la croissance démographique. L'étude sur la productivité a observé une croissance de 3,5% des emplois contre 4% pour la démographie. Encore une fois, la mobilité va devenir un élément incontournable du parcours professionnel du Mahorais. Pour l'instant, la majorité ne possède pas assez de bases solides pour l'assumer.
Ceux qui le peuvent le doivent à une formation continue payée par l'entreprise, qui de son côté voit partir un élément qu'il a pris le temps de former ou à qui il a donné du temps pour ça. Il plante l'arbre sans en récolter les fruits. A égalité avec la difficulté d'embaucher (citée 30% des fois), le manque de reconnaissance et la motivation arrivent en tête des points négatifs de la ressource humaine.

Gérôme Guitteau


Panorama des entreprises Mahoraises

Les entreprises mahoraises sont à 90% des entreprises privées, le reste étant de statut associatif. Les trois quarts sont indépendantes : elles ne sont filiales d’aucun groupe industriel, commercial ou financier. Les 2/3 ont plus de 5 ans d’existence. Elles évoluent essentiellement dans les secteurs de commerce et des services (plus de la moitié), le BTP et très rares dans l’industrie et l’agriculture. Elles sont essentiellement en mono-activité.
La quasi-totalité des entreprises mahoraises sont des PME, seules 6% ont plus de 50 salariés et plus.
On peut considérer qu’il y a globalement 12.000 salariés dans les entreprises mahoraises. Les plus gros employeurs restent le BTP (1/3), les services, puis le commerce. L’effectif moyen par entreprise est d’environ 17 salariés. 6% des entreprises emploient la moitié des salariés.



Bénéficiaires de la CACM

Les salariés ayant exercé une activité professionnelle sur le territoire de Mayotte involontairement privés d’emploi et ayant fait l’objet d’un licenciement économique
Les salariés sous contrat CNE (4 mois de présence dans l’entreprise)
Les salariés involontairement privés d’emploi par suite de la mise en liquidation judiciaire de l’entreprise qui les emploie.
Modalités :
3 mois à 75% du salaire total brut plafonné à 1000€
4 mois à 50% du salaire total brut plafonné à 1000€
Soit une indemnisation sur 7 mois avec une obligation d’actualiser sa situation et de tenir compte de l’évolution de la recherche d’emploi une fois par mois auprès de l’ANPE

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