La colère gronde au sein du monde judiciaire. Réunis en assemblée générale extraordinaire ce 6 avril 2026, les avocats du barreau ont adopté une motion sans équivoque : ils dénoncent avec force le projet de réforme de la justice criminelle et annoncent une grève totale jusqu’au 13 avril, date symboliquement décrétée « journée justice morte » à l’échelle nationale.
Au cœur de la contestation, le projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes, issu du dispositif dit « SURE », qui doit être examiné en première lecture le 13 avril. Pour les avocats mahorais, ce texte représente bien plus qu’une simple évolution procédurale : il constitue une remise en cause profonde des principes fondamentaux du procès pénal.
Ils pointent notamment l’introduction d’un mécanisme de « plaider coupable criminel », permettant de juger les crimes les plus graves sur la base du seul aveu de l’accusé. Une procédure qui, selon eux, évacue des piliers essentiels de la justice : absence de jury populaire, suppression des débats publics, disparition de l’audition des témoins et des experts.
« C’est une justice expéditive, négociée en coulisses, qui prive à la fois les accusés et les victimes d’un procès digne de ce nom », dénoncent-ils.
Les victimes, grandes oubliées ?
Autre point de crispation majeur : la place accordée aux victimes. Dans leur motion, les avocats insistent sur le fait que ces dernières, dont la parole a été longue et difficile à libérer, méritent mieux qu’une procédure accélérée où elles seraient reléguées au second plan.
Le procès pénal, rappellent-ils, n’est pas seulement un outil de sanction, mais aussi un espace de reconnaissance, de vérité et de réparation. Autant d’éléments qui risqueraient, selon eux, d’être sacrifiés au nom de la rapidité.
Une justice déjà à bout de souffle
Au-delà des principes, le barreau de Mayotte met en lumière une réalité structurelle préoccupante : le manque criant de moyens humains. Le territoire souffre déjà d’un sous-effectif chronique de magistrats et de greffiers. Dans ce contexte, l’élargissement des compétences des cours criminelles départementales apparaît, aux yeux des professionnels, comme une mesure déconnectée du terrain.
« Cette réforme est inapplicable en l’état et totalement inadaptée à notre territoire », alertent-ils, estimant qu’elle vise avant tout à désengorger les dossiers criminels en attente, sans traiter les causes profondes du problème.
Une mobilisation qui s’intensifie
Le mouvement de grève, entamé le 1er avril, n’ayant pas produit les effets espérés, les avocats ont décidé de durcir le ton. À compter du 7 avril, toutes les activités judiciaires – pénales, civiles, commerciales et sociales – sont suspendues. Les permanences, y compris pour les gardes à vue et les situations d’urgence, sont également interrompues.
Cette mobilisation s’inscrit dans une dynamique plus large, observée à l’échelle nationale et régionale, notamment dans les barreaux de La Réunion.
Un appel solennel aux pouvoirs publics
Malgré les perturbations engendrées, le barreau de Mayotte appelle à la compréhension des justiciables et de ses partenaires institutionnels. Les avocats espèrent que cette mobilisation massive sera entendue par le Gouvernement et le Parlement.
Leur objectif est clair : obtenir le retrait ou la révision en profondeur d’un projet de loi qu’ils jugent contraire aux grands principes du procès pénal.
Dans un contexte où la justice est déjà fragilisée, cette crise révèle une fracture grandissante entre les réformes envisagées au sommet de l’État et les réalités du terrain. Une chose est certaine : la semaine à venir s’annonce décisive pour l’avenir de la justice.
Soidiki Mohamed El Mounir, connu sous le nom de "Soldat", est une figure du journalisme mahorais. Après ses débuts à la fin des années 1980 au sein du magazine Jana na Léo, il participe à l’aventure du Journal de Mayotte, premier hebdomadaire de l’île, avant de rejoindre le Journal Kwezi. En 2000, il cofonde la Somapresse, société éditrice de Mayotte Hebdo et Flash Infos, contribuant ainsi à structurer et enrichir le paysage médiatique de Mayotte.





































