Un feu vert européen pour moderniser la flotte de pêche à Mayotte, en attente de précision

L’annonce était attendue depuis près de dix ans. La Commission européenne a validé la semaine dernière la possibilité d’ouvrir des aides pour renouveler une partie des flottes de pêche ultramarines. Une décision présentée comme un tournant pour un secteur en difficulté, avec des bateaux vieillissants et des professionnels en attente de soutien.

« Cette décision de la Commission européenne va permettre de poursuivre le renouvellement de la flotte de pêche attendu depuis 2022 par les professionnels en outre-mer. La pêche constitue un secteur économique stratégique et un élément-clef de la souveraineté alimentaire de nos territoires ultramarins. Il faut poursuivre la mobilisation pour que ce dispositif soit une réalité concrète pour tous les navires ciblés et tous les territoires », a déclaré Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer.

Dans les faits, la décision européenne autorise la France à mettre en place des aides publiques pour certaines catégories de navires, appelées “segments de flotte”, c’est-à-dire des groupes de bateaux définis selon leurs caractéristiques (taille, type de pêche ou zone d’activité). Seize segments sont concernés dans les Outre-mer. À Mayotte, un seul a été retenu.

Pour autant, à ce stade, difficile d’en savoir plus. Aucune description officielle précise de ce segment n’a été rendue publique. Sur le terrain, les professionnels eux-mêmes attendent des éclaircissements. « Pour l’instant, on sait que c’est validé, mais on doit encore voir avec le département-région et les Affaires maritimes », explique Lahadj Bacoco, président de la coopérative des pêcheurs de Mayotte.

Le communiqué précise en revanche que les aides seront cofinancées par l’État et les collectivités, à parts égales. Mais au-delà de ce principe, les modalités concrètes restent à définir.

Une autre question se pose déjà : qui pourra réellement en bénéficier. Là encore, les critères ne sont pas encore officiellement arrêtés, mais certaines conditions se dessinent. Les pêcheurs devront être en règle administrativement, disposer d’une structure déclarée et répondre à des exigences en matière de qualification. Des diplômes français, comme le certificat de commandement de petite pêche, pourraient être demandés.

À Mayotte, ces conditions pourraient rapidement devenir un frein. Les formations restent encore peu répandues et tous les professionnels ne disposent pas des diplômes requis. « C’est maintenant que les gens commencent à se former », souligne Lahadj Bacoco. À cela s’ajoute la question de la nationalité. Une partie importante de la main-d’œuvre est étrangère, notamment comorienne, et ne peut pas occuper certaines fonctions réglementées, comme celle de commandant.

Dans ces conditions, le nombre de bénéficiaires potentiels pourrait rester limité, au moins dans un premier temps. « Ça ne fait pas beaucoup de monde », reconnaît le président de la coopérative, qui pointe aussi des difficultés d’accès aux démarches administratives.

Le calendrier reste également flou. Aucune date d’ouverture des aides n’a été annoncée. Des réunions sont prévues dans les prochains jours avec les services de l’État pour préciser les règles du dispositif. D’ici là, les pêcheurs restent dans l’attente. Car entre l’annonce européenne et sa mise en œuvre concrète, l’écart est encore important.

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Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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