Projet de loi sur l’aide à mourir : un projet de loi qui inquiète beaucoup à Mayotte

L’idée d’une loi qui pourrait autoriser l’aide à mourir ne passe pas au sein de l’opinion publique à Mayotte. Dans les milieux religieux comme laïcs, le projet de loi en cours d’examen à l’Assemblée nationale est perçu comme un pas dangereux vers un inconnu que nul ne saurait canaliser ni maîtriser. Le principe du sacré est mis en avant pour justifier le refus d’une mesure qui affranchirait la France des barrières essentielles de la morale. Les adeptes des théories complotistes y voient un stratagème politique du gouvernement pour rendre le pays encore davantage ingouvernable, entre partisans et adversaires de ce projet de loi.

Débats et amendements vont bon train à l’Assemblée nationale, à Paris, où le projet de loi portant sur l’aide à mourir entre officiellement dans sa dernière ligne droite ce mardi 24 février 2026. Pendant que certains députés favorables à ce texte multiplient les stratagèmes pour arriver à leurs fins, d’autres, au contraire, s’acharnent à déposer autant d’amendements que possible afin de retarder, autant que faire se peut, l’aboutissement du processus en cours.

La députée (RN) mahoraise Anchya Bamana a annoncé qu’elle voterait contre ce texte, qu’elle juge contraire aux valeurs défendues par la société mahoraise dans son ensemble. C’est pour cette raison qu’elle n’a pas effectué le déplacement sur l’île lundi en compagnie du ministre de la Justice Gérald Darmanin.

Loin d’être consensuel, ce projet de loi risque de constituer un nouveau facteur de division au sein d’une société française déjà fracturée et fragilisée par d’autres sujets de société, à la veille d’une échéance électorale qui s’annonce des plus agitées en métropole. Évoqué depuis un moment dans l’agenda législatif du camp présidentiel, le texte actuellement examiné est présenté comme un marqueur de progrès, un affranchissement d’une posture jugée archaïque contre l’euthanasie, notamment en comparaison avec la législation en vigueur aux Pays-Bas.

Hélas, dans l’Hexagone comme en Outre-mer, cette approche est loin d’obtenir l’adhésion d’une majorité de la population, qui la perçoit très négativement, davantage comme un permis de tuer que comme un moyen de mettre un terme à des souffrances inhumaines, par exemple face à des maladies incurables ou à des situations d’acharnement thérapeutique.

« C’est à se demander ce qui arrive à certains de nos parlementaires en ce moment ? Ce texte, c’est du n’importe quoi. Toutes les barrières seront franchies s’il venait à être validé par les deux assemblées. Nos médecins vont être transformés en machines humaines à donner la mort sur commande. »

D’origine malgache, Marie-Hélène Rajoanarivelo, Française depuis plusieurs générations et catholique affirmée, suit de très près l’actualité nationale sur ce sujet.

Un rejet unanime et systématique chez les croyants et les religieux

Elle ne fait aucun mystère du sentiment que lui inspirent les débats, commentaires et chroniques diffusés sur cette question par les chaînes de télévision : « J’ai froid dans le dos ! Voilà où nous en sommes arrivés sur le sol français. Des élus vont jusqu’à préconiser, dans un amendement, que l’on contraigne des médecins à donner la mort alors qu’ils ont prêté serment de défendre la vie. En ce qui me concerne, je ne vois aucun signe de progrès là-dedans. Pourquoi les députés n’interdisent-ils pas simplement de donner la vie en France ? Là, au moins, leur position aurait le mérite d’être limpide », s’insurge-t-elle.

Une chose est certaine : le principe même de légiférer sur la notion « d’aide à mourir » provoque un tollé chez les croyants des trois religions monothéistes.

L’opinion exprimée ci-dessus par Marie-Hélène Rajoanarivelo trouve un écho chez un musulman pratiquant, Madjidi Hanouari, résident à Cavani, à Mamoudzou. « Peu importe l’excuse qu’ils pourront avancer, nul humain n’a le droit d’ôter la vie de son semblable. C’est un don divin : seul le Créateur qui l’a offerte peut décider de la retirer. Il n’y a pas matière à débattre. Nous avons tous l’obligation de préserver la vie par tous les moyens. »

À la mosquée de Boboka, un imam accepte également de s’exprimer sur le sujet de l’aide à mourir. « La société française marche sur la tête. Après le mariage pour tous, nous voici face au permis de tuer des malades physiques et mentaux. Où vont-ils s’arrêter ? À titre personnel, je ne vois aucun progrès dans cette démarche parlementaire. Ce sont des crimes que des parlementaires s’apprêtent à autoriser au moyen de la loi. Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier ce que ces députés veulent faire passer. »

Il argumente en mettant en avant l’aspect précieux et sacré de la vie face à la douleur que peuvent provoquer la maladie ou les accidents. « Même confronté à ce genre de situation, l’être humain, quelle que soit sa foi, doit continuer à garder espoir. Un miracle est toujours possible. Les religions révélées citent de nombreux exemples de cas désespérés qui se sont révélés être sources d’une vie prolongée dans de meilleures conditions. Le Coran et la Bible rapportent l’exemple d’Ayoub (Job), confronté à une terrible souffrance sans jamais perdre sa foi en Dieu. Il a été récompensé par une rémission et un bonheur encore plus grand au terme de son parcours. »

Une référence commune aux trois religions du Livre pour signifier son rejet du texte d’origine gouvernementale, qui promet de rudes oppositions et de vives joutes verbales à venir dans les deux chambres du Parlement, et probablement dans la rue.

Pour sortir du champ de la foi, Abdouroihamane Mahafidou, rencontré sur la place de l’ancien marché de Mamoudzou, adopte un point de vue plus terre à terre, purement politique. À ses yeux, ce projet de loi illustre la démagogie des gouvernants français actuels, qui auraient choisi de le ressortir pour faire diversion à un an de la fin du mandat présidentiel.

Certains demandent une consultation des Français par voie référendaire

« Tout cela n’est pas sérieux. Ils se doutent bien que la prochaine majorité qui arrivera aux commandes, si elle n’est pas de gauche, mettra cette loi à la poubelle. La France a toujours défendu des valeurs contraires à ce que contient ce texte. Elle a toujours donné refuge aux personnes menacées de mort dans leurs pays d’origine. Et c’est maintenant qu’elle changerait de posture pour légaliser la mort sous assistance médicale forcée ? Admettez que quelque chose ne tourne pas rond dans la tête de nos dirigeants. Et ils se prennent vraiment au sérieux, ces gens-là ? Si le gouvernement est sûr de son coup, pourquoi n’organise-t-il pas un référendum pour connaître la pensée des citoyens français ? »

Une question jugée pertinente par d’autres personnes en cette période de campagne électorale en vue des municipales du mois prochain. Parmi les personnes interrogées sur ce thème de l’aide à mourir, il se dégage une forte inquiétude quant à l’applicabilité d’une telle loi en Outre-mer, où les populations sont majoritairement plus croyantes que dans l’Hexagone.

Dans le cas spécifique de Mayotte, où les mentalités ne risquent guère d’évoluer aussi rapidement que ne le souhaiterait le législateur, certaines voix appellent les députés à la raison. Elles estiment qu’il n’y a pas urgence à faire adopter ce texte maintenant.

« Emmanuel Macron et les siens préféreraient une fois de plus passer en force contre les Français, au lieu d’engager un dialogue constructif et consensuel avec toutes les couches de la société française avant de s’engager dans ce qui s’annonce déjà comme une voie sans issue. On dirait qu’ils veulent semer le désordre dans le pays et le rendre encore plus ingouvernable pour leurs successeurs », estime un ancien élu mahorais de droite.

Une chose est sûre : le débat ne fait que commencer dans la société française, de droite, du centre ou de gauche, en métropole comme en Outre-mer.

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