Pas de surprise : le Ramadan a débuté ce jeudi matin. C’est parti pour un mois de jeûne, d’entraide, de partage et de piété pour une large majorité des habitants de Mayotte. Cette édition du mois sacré s’annonce dans une ambiance différente de celle de 2025, les conditions de vie s’étant quelque peu améliorées par rapport à l’année précédente. La nourriture ne devrait pas manquer, même si la production locale ne suffira pas encore à couvrir toute la demande.
Un mois sous le signe du recueillement
Le début du Ramadan a officiellement été annoncé hier soir par l’autorité cadiale, levant toute ambiguïté.
Les musulmans de Mayotte — comme ceux des Comores voisines, de Madagascar, du Kenya ou encore de Tanzanie — entament un mois où les activités professionnelles tournent au ralenti. Secteur public comme privé adaptent le temps de travail à cette période particulière.
Mais la principale préoccupation des Mahorais de confession musulmane demeure la même : comment se nourrir convenablement à des prix raisonnables.
Heureusement, la saison des pluies favorise une meilleure disponibilité en fruits et légumes locaux, pour peu que le portefeuille suive. Les bananiers plantés après le cyclone Chido, tout comme les arbres à pain, commencent à produire à nouveau.
« La quantité disponible n’est pas encore celle d’avant le cyclone, mais les fruits arrivent à maturité dans plusieurs zones de l’île », confie Fatima, vendeuse au marché de Tsoundzou 1.
Les marchés mieux approvisionnés
La pomme de terre, substitut au manioc et à la banane l’an dernier, réapparaît sur les étals, aux côtés des tubercules de songe (majinbi) importés de Madagascar, très prisés des consommateurs. Les patates douces et bananes importées complètent l’offre.
Les produits frais locaux, plus rares, partent aussitôt mis en vente, malgré un prix élevé dû à la faiblesse de l’offre face à la demande. Les habitués ont pris leurs dispositions en direct avec les producteurs pour garantir leurs approvisionnements, privilégiant ainsi des circuits courts.
Importateurs et marchés sous surveillance
Les importateurs affirment avoir anticipé la période du Ramadan, tout en prévenant qu’ils ne peuvent garantir une stabilité des prix. La vie reprend lentement son cours sur l’île malgré les stigmates encore visibles du cyclone Chido.
Une visite à Kawéni, auprès des grossistes, laisse entrevoir une continuité de la chaîne d’approvisionnement entre les pays voisins et le port de Longoni.
Cependant, ils avertissent : une hausse du prix au kilo est attendue, liée aux augmentations des taxes douanières et des coûts de transport. « Rien de dramatique en sortie de conteneur », tempère un importateur. « En revanche, nous ne pouvons garantir les marges que pratiqueront les revendeurs sur les marchés. »
Une allusion à certains commerçants africains, souvent non musulmans, accusés de majorer les prix en période de Ramadan. Côté distribution, l’offre est abondante : fruits importés d’Afrique du Sud, d’Égypte ou d’Europe, viandes rouges et blanches en stock dans les congélateurs, et produits de base (riz, farine, huile, sucre, jus) bien approvisionnés.
Seule inconnue au tableau : la disponibilité de poissons frais, selon les conditions de pêche et les marées.
Une reprise progressive et un espoir de stabilité
Sur le plan financier, les fêtes de fin d’année 2025, marquées par une consommation raisonnable, laissent espérer que les ménages ont pu conserver une petite réserve pour bien commencer le jeûne. Et comme l’Aïd el-Fitr, marquant la fin du Ramadan, tombera avant la fin du mois de mars 2026, les fidèles n’auront pas à attendre longtemps avant de célébrer.
Seule ombre au tableau : le coût global de la vie, toujours élevé, invite chacun à gérer prudemment ses dépenses. Mais rien qui puisse entamer la ferveur : cette année, le Ramadan devrait se dérouler dans le calme, la foi et la solidarité.
Bon Ramadan à toutes et à tous.
Journaliste politique & économique




































