Antoissi Ahamada et Rafiou Issa ont été condamnés à la peine capitale par contumace. La cour a également ordonné l’émission de mandats d’arrêt à leur encontre, après les avoir déclarés coupables de l’assassinat de Youssouf Ali, sauvagement tué le 8 juin 2025.
Le verdict après deux jours de procès
Après deux longues journées d’audience, les noms des personnes impliquées dans l’assassinat de Youssouf Ali, 36 ans, originaire de Ndruani, au sud de la capitale, sont désormais connus.
Le verdict a été rendu ce mardi 17 janvier, après huit mois de procédure ayant conduit à l’inculpation de plus de 25 personnes.
Les prévenus, renvoyés devant la cour d’assises, étaient poursuivis pour association de malfaiteurs, assassinat et complicité.
Seuls 17 d’entre eux ont comparu, les autres étant toujours en fuite, parmi lesquels Antoissi Ahamada alias Rando et Rafiou Issa, les deux seuls reconnus coupables d’assassinat.
Jamais retrouvés depuis la commission du crime, ils se seraient réfugiés à Mayotte.
Le 101e département français est souvent perçu comme un refuge pour de nombreux condamnés venus de l’autre côté de l’archipel. Certains profitent d’une liberté provisoire ou d’une autorisation d’hospitalisation pour fuir avant même la tenue du procès.
Des auteurs de violences, de crimes sexuels ou de coups et blessures ayant entraîné la mort y trouvent parfois refuge.
Il est rare que les mandats d’arrêt internationaux annoncés aboutissent à des arrestations.
Lors de ce procès, un autre prévenu poursuivi pour association de malfaiteurs n’a d’ailleurs pas comparu, alors qu’il était pourtant sous contrôle judiciaire.
Des incisives arrachées
Dans son réquisitoire, le parquet général a rappelé que l’association de malfaiteurs implique une entente en vue de commettre des actes graves.
Depuis un an, les localités voisines de Ndruani et Mwandzaza Mboini, dans la commune de Bambao Ya Mboini, sont en conflit.
Des affrontements ont d’abord fait des blessés, avant que ne survienne un assassinat, trois mois après le début des hostilités.
Le meurtre de Youssouf Ali aurait été planifié via un groupe WhatsApp, regroupant des habitants de Mwandzaza.
La brigade de recherches dépêchée à l’hôpital le soir de l’attaque a constaté que la victime avait deux incisives arrachées et une plaie au thorax gauche, probablement causée par une arme blanche, selon le parquet.
Lors de l’enquête, les forces de l’ordre ont découvert un tricot sans manches, un couteau et une casquette bleue près du lieu du crime.
Selon une source judiciaire, « les messages échangés tendaient à préparer des actes graves à Ndruani : certains évoquaient la prise d’otages, d’autres l’incendie d’habitations. »
Durant les audiences, certains prévenus ont reconnu appartenir à ce groupe, mais nié toute participation aux échanges.
Au terme des débats, la cour a condamné 11 personnes pour association de malfaiteurs et complicité, tandis que 13 prévenus ont été relaxés.
Un cas, cependant, a suscité l’incompréhension de la partie civile : celui de Mouhad Daffar, qui a admis avoir accompagné les deux auteurs, tout en niant avoir pris part au meurtre.
Un pourvoi en cassation annoncé
La cour a acquitté Mouhad Daffar du chef de complicité d’assassinat, mais l’a condamné à 7 ans de prison pour association de malfaiteurs.
Le greffier a relaté les faits : « Il se trouvait sur la plage à boire. Sur le chemin du retour, il a croisé Antoissi Ahamada et Rafiou Issa, qui lui ont demandé de les suivre. Il s’est assis sous un arbre, car il était ivre, et a gardé leurs affaires personnelles. Un peu plus tard, il les a vus revenir en courant, lui demandant de fuir avec eux. »
Pour la partie civile, ces aveux font de lui un complice :
« Nous saluons la tenue du procès, car nous connaissons désormais les meurtriers de Youssouf Ali. Mais voir un prévenu présent sur les lieux être acquitté pour complicité nous surprend », a déclaré Maître Soilahoudine Soulé, avocat de la partie civile.
L’avocat de la défense n’est pas de cet avis : « La cour a statué sur la base des éléments du dossier. Toutefois, déclarer mon client coupable d’association de malfaiteurs sans preuve concrète constitue une décision juridiquement contestable », a rétorqué l’avocat de la défense.
Maître Issa, un autre conseil de la partie civile, a également critiqué la légèreté des peines infligées à certains condamnés pour association de malfaiteurs — seulement deux ans de prison, alors que la loi prévoit entre six et vingt ans fermes.
Il a annoncé son intention de former un pourvoi en cassation.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
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