Il n’y a qu’à Mayotte que de telles scènes semblent devenues banales. Dans un territoire déjà éprouvé par des crises sociales, économiques et environnementales à répétition, une société – filiale d’une multinationale et détentrice du monopole de la gestion de l’eau – se permet d’accueillir ses clients dans des conditions qui relèvent de l’indignité la plus totale.
Le décor est affligeant. Dès les premières gouttes de pluie, le sol des locaux se transforme en un parcours semé de flaques d’eau. Les usagers, venus régler leurs factures après de longues minutes d’attente, sont contraints de marcher sur la pointe des pieds, évitant tant bien que mal d’avoir leurs chaussures trempées. Tout cela pour aller s’acquitter d’une facture atrocement salée.
Comment une entreprise qui gère un service aussi vital que l’eau peut-elle se permettre d’accueillir ses clients dans de telles conditions ? Comment une filiale d’une multinationale française, supposément dotée de moyens considérables, peut-elle faire preuve d’un tel laisser-aller ? La réponse est malheureusement limpide : parce qu’elle le peut. Parce qu’à Mayotte, l’absence de concurrence et le manque de considération institutionnelle ont installé une culture de l’impunité.
Ce bureau n’est pas seulement un bâtiment mal entretenu. Il est le symbole d’un mépris profond envers la population mahoraise. Il traduit une logique cynique : celle qui consiste à tirer profit de la résilience, de la patience et du sens du devoir des habitants, tout en leur refusant le minimum de respect. Ailleurs, une telle situation provoquerait un tollé immédiat. Ici, elle semble presque normalisée.
Ce scandale n’est pas anecdotique. Il pose une question fondamentale : jusqu’à quand les Mahorais devront-ils accepter l’inacceptable ? Jusqu’à quand des entreprises en situation de monopole continueront-elles à offrir des services dégradés, sans rendre de comptes, sous prétexte que la population n’a pas d’alternative ?
La dignité ne devrait jamais être optionnelle. Encore moins lorsqu’il s’agit d’un service public essentiel. Ce « bureau de la honte » doit être dénoncé pour ce qu’il est : la preuve tangible d’un système qui prospère sur l’endurance d’un peuple, sans jamais la respecter.
Soidiki Mohamed El Mounir, connu sous le nom de "Soldat", est une figure du journalisme mahorais. Après ses débuts à la fin des années 1980 au sein du magazine Jana na Léo, il participe à l’aventure du Journal de Mayotte, premier hebdomadaire de l’île, avant de rejoindre le Journal Kwezi. En 2000, il cofonde la Somapresse, société éditrice de Mayotte Hebdo et Flash Infos, contribuant ainsi à structurer et enrichir le paysage médiatique de Mayotte.




































