Social. Petite enfance, mais grande problématique

Social. Petite enfance, mais grande problématique

Le thème de la conférence d’hier, le handicap, était débattu avec un invité particulièrement attendu dans la MJC de Mtzamboro dès 8h du matin. Marcel Rufo est en effet un pédopsychiatre de renommée nationale, régulièrement invité dans les journaux télévisés nationaux comme expert. Il est l’auteur de nombreux ouvrages de psychologie consacrés à l’enfance et à l’adolescence. Face à un public composé en grande majorité de professionnels de la petite enfance, sagesfemmes, éducatrice de jeunes enfants, enseignants spécialisés, psychologues scolaires, il a abordé la spécificité du cas mahorais, qui est selon lui “une chance”. En effet, d’après lui la démographie généreuse de Mayotte donne l’opportunité d’obtenir plus de moyens. De fait, selon les chiffres statistiques de l’ARS-OI pour 2014, il y a une densité de sages-femmes beaucoup plus élevée à Mayotte qu’à La Réunion et en métropole, avec 90 sagesfemmes pour 100 000 habitants, contre 45 et 31 respectivement à La réunion et en métropole. En revanche, là où le bât blesse dans le 101ème département, c’est pour l’accueil des enfants handicapés. Il n’existe quasiment aucune structure pour leur prise en charge et très peu de lits en milieu hospitalier. Ainsi, le Statiss 2014 relève qu’il n’y a aucune place en établissements spécialisés à Mayotte pour les polyhandicapés, les déficiences psychiques, les déficiences motrices, qui sont malgré cela très nombreuses à Mayotte. Un fardeau que les parents supportent seuls ou dans la solidarité intrafamiliale. Pourtant le handicap est bien présent à Mayotte et même renforcé par les contingents de handicapés venant du territoire des Comores qui imaginent une vie plus facile pour les invalides à Mayotte. Le taux d’équipement global en établissements pour enfants handicapés est ainsi de 0,9/1000 à Mayotte, contre plus de 5 à La Réunion et 6,5 dans l’Hexagone. Pour autant les choses sont en train de changer avec la mise en place du Centre d’action médicosocial précoce. Cet établissement, fonctionnel depuis seulement 2 mois et pas encore inauguré est chargé de la prise en charge précoce des problématiques de handicap chez les enfants âgés de 0 à 6 ans “6000 grossesses non suivies à Mayotte chaque année” Les intervenants ont insisté sur les difficultés inhérentes au territoire, telles que le dépistage et le suivi pour des grossesses, qui arrivent pour 70 % des femmes dans ce cas, à l’hôpital après le 7ème mois. Ce qui empêche la détection de maladies génétiques, comme la trisomie 21ou de pathologies graves. Au final, les femmes sont dans l’obligation d’accoucher alors qu’elles auraient pu mettre un terme à la grossesse dès le 3ème mois, si elles s’étaient fait dépister à temps. C’est bien entendu la situation de nombreuses femmes en situation irrégulière. Les personnels de la Protection maternelle et infantile témoignent que ces publics à risque constituent 80 à 90 % des femmes enceintes suivies en PMI. De fait elles engorgent les services. Or, la mission de la PMI est “d’accueillir et d’orienter”, comme le rappelle Mohamed El-Amine, directeur général adjoint à la solidarité et au développement social du conseil départemental. Marcel Rufo a insisté dans son discours sur les progrès en cours, “il y a tout à construire”, que sur les défaillances, notamment en personnels formés. Selon lui, le fait que Mayotte soit la 1re maternité de France, “c’est une chance, car il y a tout à installer”. Il y a par exemple un projet de création de crèche à Mamoudzou pour les enfants handicapés.

Adrien Theilleux

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