Droit de retrait des salariés de BDM après le braquage d'un Douka

Droit de retrait des salariés de BDM après le braquage d'un Douka

Les salariés de Bourdon distribution Mayotte (BDM) ont décidé d'exercer leur droit de retrait. Mardi matin, ils ont manifesté sur le parking de Jumbo score de Majicavo Lamir pour alerter contre les violences dans les Doukas Be à la suite d'un vol à Bandrélé. Ils réclament un agent de sécurité par magasin.

"Il ne se passe pas un seul jour où nous ne connaissons pas des actes de violences", résume Antoine Tava, délégué du personnel de Bourdon distribution Mayotte (BDM) et secrétaire du Comité d'entreprise au sein de BDM. Mardi matin, une soixantaine de salariés de BDM ont exercé leur droit de retrait en se réunissant sur le parking de Jumbo score de Majicavo Lamir pour manifester contre les violences dans et aux abords des épiceries du groupe. "Les autres employés sont devant leur magasin pour protester. Tous soutiennent le mouvement", explique Antoine Tava. En effet, ces épiceries seraient la cible fréquente et depuis des années de vol avec violences physiques ou morales.

 Pour preuve, le vol à main armé d'un Douka Be samedi matin à Bandrélé. Le responsable de la boutique, présent lors de la manifestation ce mardi matin, est revenu sur les faits : "Je suis arrivé à mon magasin vers 6h50, j'ai ouvert la porte puis j'ai refermé derrière moi. Ensuite, j'ai désactivé l'alarme, allumé les lumières et fais ma ronde comme tous les matins". Le responsable se rend alors dans son bureau. "J'ai senti une odeur de cigarette fumée et je me suis dis qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. C'est à ce moment-là que j'ai vu un gros trou dans le mur entre les toilettes et le bureau". Il entend alors du bruit et retourne vers la porte d'entrée et tombe nez à nez avec le voleur, armé d'un pistolet d'alarme. "Il m'a dit de m'asseoir en braquant son pistolet vers moi. Il voulait s'enfuir mais n'arrivait pas à ouvrir la porte avec toutes ces clés. Il est alors revenu vers moi, m'a demandé d'ouvrir et est parti en m'enfermant à l'intérieur".

 Un agent de sécurité par magasin


Selon le responsable, il aurait vidé tous les coffres contenant les recettes des trois derniers jours et les rouleaux de monnaie. Les pertes s'élèveraient à une somme comprise entre 24.000 et 24.500 euros. "Il était forcément bien renseigné puisqu'il a su où se trouvaient les clés alors qu'elles étaient cachées. Il a arraché les caméras du bureau ainsi que le disque dur enregistrant les vidéosurveillances".

Un épisode traumatisant pour le responsable et "qui est la goutte d'eau qui fait déborder le vase" selon les salariés présents sur le parking. Depuis quelques mois, le personnel de ces enseignes connaîtrait des actes de violences de plus en plus graves. Des sujets qui sont évoqués régulièrement avec le délégué du personnel lors des réunions avec la direction. "La direction ne veut pas renforcer la sécurité de ces magasins par souci d'économie. Aujourd'hui, nous connaissons la politique des économies, c'est au péril des vies des salariés", assure le délégué. Et d'ajouter que "nous voulons un agent de sécurité pour chacun des 33 magasins installés sur l'île, de l'ouverture à la fermeture."

 Une stratégie qui connaît ses limites

 Même si certains magasins bénéficient de la surveillance d'un agent de sécurité, ceux-ci  ne sont pas présents du matin au soir. "Souvent, ils [les agents de sécurité, ndlr] sont présents de 16h à la fermeture. D'autres magasins en sont totalement dépourvus". Si cette présence peut dissuader certains voleurs, elle ne permet pas d'endiguer tous les actes de vol et d'agression. "Ce n'est pas aux salariés d'être exposés à des faits aussi graves".

D'autant plus que d'autres enseignes telles que Sodifram bénéficient d'au minimum trois agents de sécurité par magasin, font valoir les salariés. "Nous savons pertinemment que de mettre des agents de sécurité ne va pas forcément stopper le nombre de vols mais cela va dissuader davantage et de manière conséquente".

 Pourtant, il y a quelques années, une stratégie de la direction avait été mise en place pour employer du personnel originaire du village dans lequel se trouvait le magasin afin d'apaiser les violences. Une stratégie qui, aujourd'hui, semble trouver ses limites, selon certains employés. "À Tsararano, par exemple, le responsable du Douka Be se fait menacer par des gamins : "on connaît ta famille, on connaît ta femme, on connaît tes enfants". Une situation qui va beaucoup trop loin !". Un travail pourrait également être réalisé par la police ou la gendarmerie, selon les manifestants. "Mais c'est tout d'abord à notre direction de nous montrer l'importance de la sécurité", affirme une gérante de Douka Be dans le Nord.

Depuis quelques semaines, des négociations annuelles obligatoires (NAO) – imposées par le Code du travail (art. L2242-8) – ont lieu au sein du groupe. Une troisième réunion devrait se tenir vendredi prochain, le 5 juillet. "Au regard des avancées des négociations, le personnel se garde le droit de publier un préavis de grève à l'issue de cette réunion", confirme le délégué CFDT Antoine Tava.

 

 

 

 

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