Doujani : avec l’intervention des automobilistes, les émeutiers pris entre-deux

Doujani : avec l’intervention des automobilistes, les émeutiers pris entre-deux

Pendant près d’une heure, de violents affrontements ont opposé ce lundi en fin de matinée un groupe d’une vingtaine de jeunes et les forces de l’ordre à Doujani. Des violences urbaines qui ressemblaient aux autres, jusqu’à ce qu’un groupe d’automobilistes et de riverains s’en mêlent. L’intervention, d’une efficacité redoutable, crée cependant un précédent pour le moins inquiétant.

 “Attention ! Boucliers !” Il est 11h30 ce lundi matin quand un demi-parpaing vient jouer les météorites aux abords du rond-point de Doujani. Les policiers n’ont que le temps de lever leurs écus en plastiques et tourner la tête. Avant que, lancé depuis une vingtaine de mètres, le projectile ne vienne s’éclater à leurs pieds et laisser s’envoler à leur tour des dizaines de morceaux de gravats. Dans un fracas que viendra bientôt rejoindre l’explosion des cartouches de lacrymos tirées en réplique. Sous un soleil brulant, une vingtaine de jeunes s’offrent un face à face violent contre des policiers en nombre égal.

Cagoules, barricade en feu, jets de pierre, forces de l’ordre acculées, le cocktail est désormais bien connu. Mais chacun l’apprécie à sa manière. “Ils sont en vacances, ils n’ont que ça à faire pour s’occuper”, s’amuse un badaud, filmant la scène de son smartphone derrière le rang policier. “Pas du tout !”, rétorque un jeune. “C’est un contrôle de la PAF qui a mal tourné”, assure-t-il, assis sur son scooter. “À force de se comporter comme ça, on ne peut pas s’étonner que certains se rebellent. On pourrait vivre tranquillement ensemble, mais ils viennent faire n’importe quoi ici pour virer tout le monde aux Comores. Qu’ils rentrent chez eux plutôt que de foutre ce bordel”, peste encore le jeune homme, rapidement entouré de plusieurs riverains qui l’écoutent attentivement en hochant la tête. “Ce n’est pas une raison pour se comporter comme ça, ça nous pénalise tous”, se risque un habitant du quartier. “Ils n’ont plus que ça, personne ne les écoute ! Ils sont tout seuls”, répond du tac au tac le scootériste.

Quand automobilistes et riverains s’en mêlent

Quoi qu’il en soit, les policiers, pris dans un autre échange, n’ont pas le temps pour ce genre de discussion. Craignant toujours de se faire prendre à revers, ils tiennent tant bien que mal le rond-point. Reculant, parfois, face aux assauts des jeunes en furie. Pendant ce temps, les Dusters de la BAC et du GAO arrivent au compte-goutte. Mais le pied au plancher. Sirènes hurlantes parmi tant d’autres, les pompiers et le SMUR débarquent à leur tour. “Tu peux me prêter ton casque, je te le rends au retour”, demande le chauffeur du Sdis à un motard devant la détermination des lanceurs de pierre. Trois personnes seront prises en charge, sans que l’on ne puisse déterminer, dans l’épaisse fumée qui entoure le quartier, s’il s’agit d’émeutiers ou de simples riverains.

Le décor est donc planté, le face à face se poursuit et tous s’attendent à passer à l’étape suivante : le fameux jeu du “chat et de la souris”. Version violente. C’était sans compter sur l’intervention d’un autre groupe. “Nooooon, regarde tout ce qui arrive en renfort de Passamaïnty”, s’alarme un policier auprès de son collègue alors qu’au bout de la route, un groupe d’une cinquantaine de personnes débarque en trombe face à eux. Il faudra un certain temps à tous pour comprendre qu’il ne s’agit pas là d’émeutiers, mais d’automobilistes et de passants. Visiblement chauffé à blanc, le groupe s’engouffre dans une rue perpendiculaire, à la poursuite des jeunes mis en fuite. Tout le monde est pris de court. Les policiers sont bouche bée. Avant de décider quelques instants plus tard de se mettre en marche à la suite des deux groupes, dont le plus nombreux n’hésite pas à lancer des pierres sur les rebelles en déroute. Peu à peu, la situation se calme, les automobilistes retournent à leur volant et rétablissent d’office la circulation. Les jeunes, eux, courent se percher sur les hauteurs du village, toisant et invectivant les forces de l’ordre restées au pied de la colline. Ils ne se risqueront pas à la grimper.

Un précédent inquiétant

 “De toute façon, ils ne servent à rien !”, s’emporte Faïcal. Coincé dans sa fourgonnette alors qu’il venait refaire le plein de ciment, cet habitant du quartier se présente comme le leader du groupe qui a mis les jeunes en fuite. “Je suis sorti pour aller voir les autres qui attendaient que ça passe et je leur ai dit que s’ils venaient vers nous, on était foutus, qu’on ne pouvait plus reculer. Je leur ai dit qu’on était bien plus que ces microbes, qu’il y avait des cailloux partout et qu’il n’y avait rien à attendre des forces de l’ordre. Au début, ils n’ont pas trop réagi et puis quand les gosses se sont approchés, ils ont tous fini par sortir” explique le maçon, plutôt satisfait du résultat, mais encore en colère. “Franchement, ils sont payés pour quoi les policiers ? Ils restent là à ne rien faire face à 20 gamins ? C’est n’importe quoi, c’est à nous de rétablir l’ordre maintenant ! Et puis de toute façon, même s’ils les attrapent, les gamins sont remis en liberté donc ça sert à quoi tout ce cirque ? Il va falloir que les gens se réveillent”, martèle-t-il, visiblement déterminé à réitérer l’expérience lorsqu’il le jugera nécessaire. Visiblement ragaillardis par leur succès, ses amis venus le rejoindre s’amusent de leurs péripéties. Avant de reprendre, nonchalamment la direction de la colline. “Pour voir ce qu’il se passe”. Des pierres en poche.

Un précédent des plus inquiétants et qui vient, pour la première fois, donner vie à la colère teintée de haine et la volonté d’en découdre avec les jeunes qui s’exprime librement sur les réseaux sociaux. Peut-être une nouvelle donnée à prendre en compte dans le “Plan pour l’avenir de la jeunesse” que doivent présenter conjointement le Département et la préfecture ce mercredi et dans lequel des mesures fortes sur la sécurité sont promises.

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