Un accueil sanitaire unique en France mis en place à l’aéroport

Un accueil sanitaire unique en France mis en place à l’aéroport

Pour éviter que le virus ne se propage sur le territoire, les institutions ont décidé d’installer ce mercredi un accueil sanitaire à destination de tous les passagers qui atterrissent à Mayotte. L’objectif est de recenser tous les cas potentiellement critiques, mais aussi de réaliser une opération de prévention et de sensibilisation auprès des voyageurs.

Peu avant 10h, l’avion de Kenya Airways se pose sur le tarmac de Dzaoudzi-Labattoir, suivi quelques minutes plus tard de celui d’AB Aviation en provenance d’Anjouan. Jusque-là, rien d’anormal me direz-vous… Sauf que depuis ce mercredi, les passagers qui atterrissent sur l’île aux parfums doivent obligatoirement traverser un accueil sanitaire, à l’image de la douane, après avoir récupéré leurs bagages. Au compte-goutte, les voyageurs déambulent, comme à l’accoutumée, avec leur charriot plein à craquer. À l’approche de la rubalise scotchée par terre, marquée d’un stop à l’encre noire, certaines valises trébuchent à cause de cet arrêt inattendu. Pas de colliers de fleurs de bienvenue donc, mais un questionnaire oral rapide pour évaluer le profil des uns et des autres. Face à eux se dressent six infirmières scolaires, réquisitionnées la veille pour assurer ce premier passage. “Nous inventons un tout nouveau dispositif qui n’existe pas en métropole parce que nous sommes dans un contexte très singulier, avec cette espèce d’entonnoir, où le virus ne circulait pas à Mayotte avant la confirmation du premier cas samedi dernier”, dévoile Christophe Leikine, le directeur de cabinet de Dominique Voynet à l’Agence régionale de santé (ARS), qui chapeaute le projet. “Même si les trois cas avérés sont circonscrits aujourd’hui, nous savons que nous avons une zone de fragilité, qui est l’aéroport.” Un message relativement rassurant sur le papier qui ne semble pas convaincre les nouveaux arrivants : bon nombre d’entre eux portent des masques et des gants.

Quatre questions primordiales

Aux grands maux, les grands remèdes ! Ni une, ni deux, ces infirmières habituellement à converser avec des élèves se retrouvent dans le costume de médiateur. Primo : connaître la provenance de chacun pour s’assurer que la personne ne se trouvait pas dans un cluster où circule activement le Covid -19. Deuxio : savoir si elle a récemment fréquenté des cas infectés. Tertio : relever les éventuels symptômes, tels que la toux, la fièvre et les difficultés respiratoires. En cas de suspicion, direction la tente de la Croix-Rouge pour prendre la température et appeler le centre d’appel de secours 15 dans le but d’effectuer un prélèvement. Une hypothèse qui ne semble pas inquiéter outre mesure. “Nous savons qu’avec ce métier, nous sommes au contact de personnes infectieuses. Mais cela ne veut pas dire que nous sommes bannies de toutes contaminations. Nous restons professionnelles avant tout et nous respectons les règles d’hygiène”, souligne Martine*, qui n’hésite pas à inviter un petit garçon à pousser une valise pour aider sa maman, apparemment débordée par la situation. Quarto : demander la profession. “Si tous les passagers sont mis en quatorzaine, certains comme les professionnels de santé ou les forces de l’ordre restent sur le qui-vive”, précise Christophe Leikine.

“Coopératifs et intelligents”

En moins d’une heure, les voyageurs des deux vols s’éloignent vers leur dernier arrêt pour se confiner chez eux. “Ils ont tous été coopératifs et intelligents à l’exception d’un homme qui n’a rien voulu entendre”, résume l’une des infirmières scolaires, en se triturant les mains avec un gel hydroalcoolique. Une première vague positive malgré les quelques difficultés linguistiques de temps à autre. Bien souvent, des gestes universels suffisent à la compréhension. Et quand cela ne veut pas fonctionner, Sophie* sort sa baguette magique… Son téléphone ! “Sur mon écran de verrouillage, j’ai

écrit quelques expressions basiques, mais sinon nous avons un traducteur de l’ARS”, sourit-elle, visiblement habituée à jongler avec les moyens du bord.

À l’écoute des premiers retours, ce type d’opération porte ses fruits. En plus de détecter les cas suspects, il sert surtout à “remettre les points sur les i”. “La pédagogie et la prévention sont indispensables dans ce genre de situation”, insistent les deux infirmières scolaires, convaincues par la nécessité de leur mission du jour. Un discours que partage largement Christophe Leikine. “Seul, le gouvernement ne peut pas tout régler. Il faut compter sur la responsabilité collective et individuelle. Si nous voulons rapidement sortir de cette crise, il faut une application assez stricte de ces règles dictées par les autorités.” Soit. Mais ce dispositif dit innovant n’est-il pas surtout un moyen détourné de minimiser le manque criant de lits en réanimation, sachant que le territoire n’en comptabilise que seize ? “Ce n’est pas spécifiquement lié à cette question !”, rebondit le directeur de cabinet de Dominique Voynet. “Tous les centres hospitaliers français sont en train de pousser les murs pour créer davantage de places, mais aussi de vider au plus vite des services moins urgents. C’est la même problématique pour tout le monde…” En clair, mieux vaut prévenir que guérir…

*les prénoms ont été modifiés à leur demande

 

 

 

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