Tests du Covid-19 : y’a-t-il des réactifs sur Mayotte ?

Tests du Covid-19 : y’a-t-il des réactifs sur Mayotte ?

 

Une publication Facebook du directeur du seul laboratoire de ville de Mayotte évoquait l’absence du composant nécessaire à la réalisation du test du Coronavirus. Ce qui ne signifie pas pour autant que les cas repérés sur l’île ne pourront pas être testés. Explications.

C’est un message qui aurait de quoi alarmer tout Mayotte. Lundi dans la journée, une publication du directeur du laboratoire de biologie médicale de Mamoudzou, Didier Troalen, avertit sur le manque d’un composant crucial dans le dépistage du Covid-19 : “Nous avons la machine, le personnel, les compétences, mais toujours pas de réactifs...! Les tests devaient être livrables de métropole ce jour, mais blocages par le ministère de la Santé pour savoir qui bénéficiera... N’oubliez pas Mayotte.!!!”, poste-t-il en accompagnant son alerte d’une photographie de la machine flambant neuve en attente des réactifs pour dépister les malades.

Contacté par nos soins, le biologiste s’explique : “Nous nous sommes équipés de cette machine, qui peut nous permettre en autres de réaliser les tests pour le Covid-19. Le réactif mis au point par notre fournisseur Becton Dickinson vient d’obtenir son marquage CE et sa validation par le centre de référence. Alors que nous devions donc recevoir une centaine de kits, notre interlocuteur nous explique qu’il ne peut plus nous en envoyer et que l’entreprise doit désormais s’en remettre aux recommandations du ministère de la Santé.” D’où une inquiétude légitime : alors que la France métropolitaine est passée au stade 3 de l’épidémie avec plus de 16.000 cas recensés, Mayotte, elle, ne compte pour l’instant que 21 cas, d’après les derniers chiffres communiqués ce lundi. Et pourrait donc facilement passer à la trappe s’il fallait prioriser les livraisons…

Pas de rupture de stock au laboratoire du CHM

Pour l’instant toutefois, pas de raison de s’affoler, d’après David Chammard, l’ingénieur commercial de Becton Dickinson chargé des Outre-mer : “Non, nous n’avons pas de consigne de la part du gouvernement pour prioriser nos livraisons”. D’après lui, le souci vient surtout d’un manque de stock face à une demande exponentielle de kits. “Le réactif en question a été validé récemment, et nous ne nous attendions pas à une telle demande de la part de tous les laboratoires !”, souligne-t-il. Certains sites demandent aussi à recevoir la même machine que celle de Didier Troalen “et nous devons donc la produire”. Résultat : l’entreprise a d’elle-même fait le choix de dispatcher ses livraisons en fonction du degré d’urgence. Mais sans oublier personne : le laboratoire de Mamoudzou qui a en effet passé commande la semaine dernière devrait donc “commencer à recevoir ses lots d’ici peu”, assure-t-il. Et enfin, pouvoir participer à l’effort de guerre, ici, à Mayotte.

Car il n’est pas, fort heureusement, le seul à pouvoir réaliser les tests. En effet, le CHM est équipé de son propre laboratoire, à même de dépister les cas suspects. C’est d’ailleurs les biologistes de l’hôpital qui ont analysé les relevés et détecté les 21 cas confirmés jusqu’à aujourd’hui. Or, d’après l’ARS, “il n’y a rien à signaler sur les stocks de réactif au niveau du laboratoire du CHM”. Une information que nous confirme d’ailleurs Didier Troalen : “Nous nous avons la technique clés en main, mais ils ont aussi leur propre méthode et suffisamment de composants pour procéder aux analyses”. Le hic, selon lui : les délais, qui peuvent être plus longs et donc diminuer les rythmes de dépistages. “C’est une technique qui prend du temps, ils doivent pouvoir en faire quinze ou vingt par jour, peut-être un peu plus s’ils montent en puissance”, fait-il valoir. “Nous, en tournant à plein régime, nous pouvons peut-être en faire une centaine, donc cela vaut le coup d’additionner nos forces”, plaide encore le docteur.

Une stratégie de dépistage tortueuse

Pas la peine ? Alors que l’épidémie impressionne par sa contagiosité fulgurante, il peut sembler étonnant de ne pas maximiser les chances de dépister les cas suspects. Pourtant, jusqu’à présent, la France avait fait le choix, contrairement à la Corée du Sud et Taïwan notamment, de ne pas généraliser les tests. Pourquoi une telle stratégie ? Les raisons d’abord évoquées faisaient état d’une volonté de “ne pas engorger les hôpitaux inutilement”, d’après les propos de la direction générale de la santé (DGS), rapportés par nos confrères du Figaro. Mais biologistes et médecins pointaient quant à eux du doigt une autre raison, officieuse celle-là : le manque de tests de dépistage justement. Or cette stratégie trouble a déjà donné lieu à quelques couacs, comme le rapportait le témoignage des cas n° 2 et n° 3, dans nos colonnes : le couple, qui avait d’abord appelé le 15 car l’un d’entre eux présentait des symptômes, avait été étonné de ne pas être dépisté immédiatement, puis avait été rappelé trois jours plus tard pour procéder aux analyses, “après concertation des médecins”.

Aujourd’hui encore, Mayotte suit la ligne directrice de la métropole. Seules sont donc dépistées : les personnes présentant des symptômes qui sont testées à leur arrivée par les équipes du SAMU et du CHM ; les professionnels de santé qui présentent des symptômes. Les cas contacts ne sont pas dépistés, mais confinés chez eux avec un masque, le rappel des gestes barrières et des appels réguliers des services de santé. Mais cette politique peut encore évoluer. Samedi, le ministre de la Santé, Olivier Véran, changeait son fusil d’épaule et annonçait le passage d’un “usage rationnel des tests” à “un dépistage massif”, qui sera mis en place à partir de la fin du confinement. Un laps de temps, qui devrait justement permettre aux entreprises comme Becton Dickinson de constituer leurs stocks. “Notre directeur a rencontré Olivier Véran samedi pour expliquer notre potentiel d’action”, concède d’ailleurs David Chammard. “Quand on mêle science, médecine et politique, c’est toujours tortueux, vous savez. C’est comme pour les masques : on dit toujours que ce n’est pas utile, mais c’est surtout parce qu’on n’en a pas”, conclut Didier Troalen.

 

 

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