Réapprovisionnements à Mayotte : ça sent le gaz chez Total et Somagaz

Réapprovisionnements à Mayotte : ça sent le gaz chez Total et Somagaz

Bientôt une semaine de confinement, et déjà, les effets des surstocks commencent à se faire sentir. Les livraisons régulières de bouteilles de gaz peinent à satisfaire la demande des habitants. Tickets, listes d’attente… Les points de vente s’adaptent, non sans quelques crispations.

“Eh ! Toi ! Tu effaces la photo tout de suite ! Tu supprimes !” L’homme qui gronde depuis le trottoir d’en face est assis sur sa bouteille de gaz verte, le poing levé. Un autre gaillard tout aussi remonté émerge de la foule et commence à traverser la rue, prêt à en découdre. Signe de la tension qui règne ce vendredi matin à Kawéni, la sortie d’un téléphone portable suffit à attiser la colère de cette foule agglutinée devant un revendeur de Somagaz. Et cette scène de cohue, peu respectueuse par ailleurs des gestes barrières préconisés dans le cadre de la lutte contre la propagation du Covid-19, n’est pas la seule constatée ce matin-là sur l’île.

En effet, depuis quelques jours, les quelque 150 points de vente de la Société mahoraise de gaz et les huit stations Total de Mayotte sont pris d’assaut par les habitants. Conséquence, le rythme des réapprovisionnements ne parvient pas à satisfaire les besoins de tous… Donnant lieu à des scènes de cohue comme celle de Kawéni. La raison de ces pénuries ? Des comportements d’achats compulsifs comme ceux qui ont eu lieu dans les supermarchés le lendemain de l’annonce du confinement. En plus du manque de dentifrice et de papier toilette, ce sont donc aussi les bouteilles de gaz qui ont fait l’objet d’un surstock par certains clients un peu trop prévoyants.

Si du côté de Total, on ne souhaite pas communiquer sur la situation, la Société Mahoraise de Gaz, deuxième acteur de l’île qui vend les bouteilles de butane vertes, balaie tout risque de pénurie. “Nous livrons tous les jours, tous nos camions sont dehors et il n’y a aucun rationnement”, assure Stéphane Rogy, le directeur de Somagaz. Chaque camion contient environ 200 à 250 bouteilles de gaz, et sillonne sa zone pour réapprovisionner régulièrement les revendeurs, nous informe-t-on aussi. “Il n’y a aucune rupture de stock, mais comme d’habitude en temps de crise, les gens font du surstock et il faut juste nous laisser le temps de réapprovisionner”, insiste-t-il.

Des tickets précieux

Pas sûr toutefois que ces propos suffisent à rassurer la population tandis que les listes d’attente s’allongent chaque jour pour obtenir le précieux sésame. Sans parler de l’arrivée du ramadan, période où la demande de gaz a tendance à monter en flèche en temps normal. Pour tenter de discipliner un peu ces clients inquiets, les points de vente ont donc dû s’adapter. Consigne est ainsi donnée aux retardataires qui n’ont pas réussi à obtenir leur bouteille : ils doivent s’inscrire sur la liste d’attente, et repasser à la prochaine livraison. “J’ai fait le tour de tous les revendeurs ce matin, et je passais par là quand j’ai vu le camion de livraison, je me suis donc arrêté au cas où”, explique un homme qui patiente à quelques mètres du magasin de Kawéni, posté à l’ombre avec sa consigne. “Mais vu que je suis arrivé il y a quinze minutes, j’ai peu d’espoir”, soupire-t-il résigné, sous les cris rageurs des clients amassés un peu plus loin. En effet, le camion n’avait apparemment que quarante bouteilles cette fois-ci. “Je suis en tête de liste pour le camion suivant ! Il doit ramener quatre-vingts bouteilles cette après-midi”, se réconforte-t-il.

Pour les amateurs des bouteilles oranges, marquées du sigle Total, il faudra sans doute attendre un peu plus longtemps. À la station de Kawéni, il n’y a déjà presque plus âme qui vive, quelques heures seulement après l’ouverture. “Ce matin, il y avait du monde pour le gaz, oui”, confirme un agent. “Mais ils ont tout pris, il faut attendre la prochaine livraison, mardi matin”, annonce-t-il. Sachant

qu’un camion transporte une centaine de bouteilles, il faudra donc se lever de bonne heure pour espérer repartir avec son dû. À la station Total de Passamaïnty, un client a d’ailleurs opté pour cette stratégie ce vendredi matin. Depuis 6h30, il attend à l’ombre d’un arbre, sa consigne soigneusement alignée avec les autres en attendant l’arrivée prodigue du camion de livraison. Dans sa main, il tient un ticket presque cousu d’or : c’est celui qu’il a acheté au guichet en arrivant et qui porte le numéro 4, sa garantie de repartir avec son plein de gaz. D’autres n’ont pas eu sa prévoyance ; arrivés sur le tard, ils sont au moins une dizaine à faire la queue devant la boutique de la station, dans l’espoir qu’il reste une bouteille pour eux. Un petit groupe tente quant à lui de passer par la petite porte. À l’arrière de la boutique, entre un camion Somaco et les bacs de glace, les clients se pressent contre la porte entrebâillée. Une femme glisse quelques mots à la vendeuse : “Je demandais autre chose que du gaz”, dit-elle en repartant avec un ticket, visiblement pour un petit bidon d’essence. “Mais allez-y, tentez votre chance !”, s’exclame-t-elle en repartant vers sa voiture. C’est sans compter la porte, qui vient de claquer au nez des autres clients.

 

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