Plusieurs cas confirmés chez les pompiers et les policiers mahorais

Plusieurs cas confirmés chez les pompiers et les policiers mahorais

Tout le monde l’attendait, la nouvelle vient de tomber. Au moins cinq policiers et pompiers ont été testés positifs au Covid-19 sur les dernières 48 heures. Une situation qui pose plusieurs questions, dans un contexte où la sécurité ne peut, plus que jamais, passer au second plan. Comment les effectifs vont-ils être gérés, alors que l’épidémie grossit de plus en plus vite à Mayotte ? Comment limiter le risque de propagation alors que ces personnels sont en contact constant avec la population ? Si les interrogations germent, les réponses, elles, se font parfois attendre.

Leurs résultats sont tombés il y a quelques heures : deux sapeurs-pompiers ont été dépistés positifs au Covid-19 ce lundi, a confirmé Fabrice Terrien, colonel du service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de Mayotte. Ces soldats du feu, pris en charge et placés en quarantaine, “ont été contaminés en dehors des activités du service”, assure encore le chef de la cellule. “Ils avaient repris le travail, mais n’étaient pas symptomatiques”. Et d’ajouter : “À ma connaissance, ils n’avaient pas quitté Mayotte ces derniers mois. Ces personnes ont sans doute manqué de précaution.”

Les sapeurs-pompiers identifiés comme potentiels “cas contacts” ont tous été soumis aux mesures conservatoires, autrement dit placés en quatorzaine. Pour autant, les activités du Sdis ne s’en voient pas perturbées. Depuis le début de la crise sanitaire, plusieurs dispositifs exceptionnels ont été déployés pour assurer la sûreté des sapeurs-pompiers qui secourent localement cinquante personnes par jour en moyenne, et sont de fait, particulièrement exposés au risque de contamination. Ainsi, un médecin régulateur est dépêché en urgence aux côtés des soldats du feu lorsqu’ils estiment être confrontés à un cas suspect de Covid-19. Ces mêmes cas qui seront, en cas de doute du professionnel de santé, pris en charge et traités en priorités par les services hospitaliers.

Et bien que “les sapeurs-pompiers restent inquiets”, selon les mots du colonel Terrien, “l’activité vitale doit continuer à se tenir”, et ce dans le strict respect des mesures barrières en caserne et sur le terrain, ce à quoi les professionnels sont largement sensibilisés. Toujours est-il que “le tandem Samu-Sdis fonctionne très bien”, applaudit encore le patron des pompiers de Mayotte.

Un roulement des effectifs qui laisse à désirer

Mais les soldats du feu ne sont pas les seuls à maintenir leur présence sur le terrain. Les policiers nationaux, eux aussi, sont sur le pied de guerre. Selon une source syndicale, trois membres de la direction des opérations de police administrative viennent-eux aussi d’être dépistés positifs au Covid-19 et placés en quarantaine. Une information que la préfecture n’a pas souhaité infirmer ou affirmer. “Cela touche au dossier médical des personnes, sur lesquels je ne suis pas en mesure de me prononcer”, a simplement répondu Julien Kerdoncuf, directeur de cabinet du préfet par intérim.

En attendant une communication officielle, la même source policière a précisé que près de la moitié des effectifs du groupe concerné – soit une trentaine de personnes au total – aurait été placée en confinement, à l’instar de plusieurs personnels du commissariat de Mamoudzou. Face à cette situation d’urgence, certaines réponses organisationnelles se formulent déjà. Ainsi, au sein de cellules potentiellement infectées, un roulement se met en place pour limiter les risques de propagation. Concrètement, certains policiers sont assignés à deux jours de repos à domicile, avant de venir remplacer leurs homologues restés sur le terrain, qui se confineront à leur tour pendant 48 heures. Mais au vu de la rapidité de la multiplication de nombre de cas et de la période d’incubation, qui peut atteindre jusqu’à 14 jours, “ce n’est pas grand-chose”, déplore encore le policier interrogé.

“Comment ça se passera quand beaucoup d’effectifs seront touchés ? Est-ce que l’armée en métropole sera réquisitionnée pour grossir nos rangs ? ”, s’interroge encore ce représentant syndical, conscient que les effectifs locaux à eux seuls ne suffiront bientôt plus. Mais pour l’heure, ni sa hiérarchie ni même la préfecture ne semblent ne lui avoir donné de réponse. “La meilleure solution serait de déployer des réserves opérationnelles qui consisteraient à ne garder que la moitié des effectifs au boulot, pendant que l’autre reste à la maison pour venir remplacer les personnels malades quand il le faudra.”

Quelques jours plus tôt, une plateforme téléphonique d’appui aux forces de l’ordre était déployée à Mayotte comme en métropole, afin de répondre aux interrogations des effectifs de police et de gendarmerie concernant la bonne conduite à adopter lors de contacts avec la population. “Dans l’immédiat, nous sommes très peu à l’utiliser”, avoue encore le policier. “Cela peut être utile lorsque nous sommes confrontés à des personnes qui présentent des symptômes suspects, mais c’est un réflexe qu’on n’a pas encore”. Autre problème, la pédagogie, ou l’absence de pédagogie, qui accompagne ce nouvel outil. “Même moi, policier, je ne sais pas ce que je peux demander. On n’a pas vraiment été informé sur ce truc (sic). Tout ce qu’on sait, c’est qu’on peut appeler ce numéro en cas de doute, mais il y a un manque d’informations.” À situation d’urgence, communication d’urgence ?

Pendant ce temps-là, les violences s’apaisent... Pour l’instant

Elles aussi ont fait la Une, avant que le Coronavirus ne gagne Mayotte. Pour autant, les violences urbaines perpétrées par des bandes de jeunes ne sont, elles, pas en quarantaine, mais semblent toutefois décliner. Vendredi après-midi, de brefs caillassages ont eu lieu à Vahibé, ainsi qu’à Kawéni dimanche. “Ça a pu être réglé rapidement, et c’était plus calme que ce que l’on a pu observer ces dernières semaines”, note un policier. “Nous avons tiré quelques lacrymogènes et c’est rentré dans l’ordre.” Un ordre qui demeure toutefois fragile. “Il va rapidement y avoir des problèmes de nourriture, et c’est ce que cherchent ces jeunes”, relate la même source. “Hier, j’ai contrôlé un adolescent affamé, qui était seul, sans parents et sans argent. Mais il n’y a plus de vendeurs à la sauvette au bord des routes, et tous les petits commerces sont fermés. Alors, que va-t-il se passer ?” Face à cette situation, plusieurs policiers plaident pour une distribution régulière de repas dans les quartiers les plus défavorisés et se penchent actuellement sur les moyens disponibles pour déployer un tel dispositif. Affaire à suivre donc.

 

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