J’ai testé pour vous… Le premier jour de confinement

J’ai testé pour vous… Le premier jour de confinement

Depuis mardi, la mesure de confinement est entrée en vigueur sur le territoire français y compris dans les DOM-TOM, avec des menaces de sanctions pour celles et ceux qui passeraient outre les consignes gouvernementales. Qu’en est-il réellement à Mayotte ? Nous avons testé pour vous le premier jour de confinement.

Lundi 16 mars 2020 au soir, posé dans mon salon je m’interroge sur le contenu de l’allocution télévisée à venir du président de la République Emmanuel Macron. Il déclarera : “Dès demain midi, et pour quinze jours au moins, nos déplacements seront très fortement réduits (…) Seuls doivent demeurer les trajets nécessaires : faire ses courses, se soigner, aller travailler quand le travail à distance n’est pas possible, et faire un peu d’exercice, mais seul (…) Toute infraction à ces règles sera sanctionnée.”

Dans sa première allocution télévisée et ses premières mesures de restriction trois jours auparavant, le doute subsistait quant à leur application dans les DOM-TOM. Mais cette fois, le chef du gouvernement n’omet pas de mentionner l’Outre-mer pour l’application de ces nouvelles mesures. C’est donc clair : Mayotte, elle aussi est concernée par le confinement. Mardi 17 mars à midi en métropole, 14h sur l'île aux parfums, la mesure entre en vigueur.

Sur les principaux axes routiers, à Mamoudzou, Dembéni, Chirongui, Combani, Koungou, les forces de l’ordre se déploient, stoppent les véhicules et font de la prévention. À trois reprises, on m’interpelle. “Bonjour Monsieur, nous vous signalons qu’à partir de demain vous ne pourrez plus circuler, à moins de détenir une attestation stipulant que votre déplacement est nécessaire et justifié. À défaut, vous serez contraventionné à hauteur de 135 euros. Merci. Bonne route.”

Attention aux confinés : trop d’internet risque de tuer internet !

La préfecture de Mayotte fait ainsi le choix de la pédagogie et de la sensibilisation pour les premières heures, tout en avertissant que pédagogue, elle ne le sera pas éternellement. Soit.

Mercredi 18 mars à 8h, c’est équipé de ma pièce d’identité, ma carte de presse et de mon attestation de déplacement dérogatoire dûment remplie que j’aborde les premiers kilomètres, direction Mamoudzou en traversant les communes de Chirongui, Sada, Chiconi, Ouangani et Dembéni.

J’insère la route nationale et déjà, au loin, une première patrouille de gendarmerie circule. Elle s’arrêtera quelques mètres plus loin en bord de route devant un soixantenaire, je suppose pour le sensibiliser. Car oui, le confinement ne concerne pas uniquement les automobilistes, mais toute la population.

La radio bloquée sur les fréquences d’information, je me laisse embarquer par le journal de Radio France Internationale (RFI). En fil rouge, évidemment, le virus Covid -19. Dans cette édition, un sujet attire particulièrement mon intention. On apprend en effet que ces prochaines semaines, les Français devront faire preuve de “responsabilité numérique” pour ne pas saturer internet, au risque de le bloquer !

J’en ris d’abord. Me viennent tout de suite à l’esprit les fous furieux des réseaux sociaux et de Netflix, qui pensaient pouvoir se la couler douce au fond de leur lit. Je les imagine bloqués chez eux, sans

réseau… L’enfer sur terre ! Je m’en ravis ensuite ; Peut-être se remettra-t-on à goûter aux plaisirs simples de la vie.

Une grande présence policière, mais pas de contrôle routier

Peut-être prendra-t-on le temps... Le temps de profiter de ses proches. Le temps de lire, d’écrire. Le temps de jardiner, de cultiver. Ne serait-ce le temps de lever les yeux et d’observer la magnificence de Mayotte. Dans mes rêveries, le chemin vers la rédaction de la Somapresse se poursuit. Alors que l’animatrice radio rappelle aux auditeurs l’importance de rester chez soi, sur un virage de Sada, un homme me fait face.

Chemise, pantalon à pince, savates, il se tient assis, là, et regarde défiler les voitures. Oui, on aura beau comprendre la gravité de la situation et la nécessité des mesures gouvernementales prises, celles-ci ne feront jamais l’unanimité… Passé Chiconi, je croise une nouvelle patrouille en circulation : la troisième déjà.

Dans les communes du Sud et de l’Ouest, peu de véhicules sur les routes. Parmi les quelques piétons, certains se déplacent visages cachés par un masque de protection, à défaut, par un foulard, un salouva, un t-shirt. Ongojou, Dembéni, Tsoundzou, Passamaïnty : encore et toujours des patrouilles en circulation. Et toujours pas de contrôle routier.

Passé le rond-point du Baobab, je décide de prolonger mon itinéraire jusqu’aux Haut-Vallons. Mamoudzou est quelque peu déserté, à l’inverse de Kawéni, qui ne ressemble en rien à tous les villages que je venais de traverser. La route nationale et ses trottoirs y demeurent comme un jour ordinaire, excepté l’absence d’embouteillage : de nombreux automobilistes, mais surtout énormément de piétons. À croire que le village est immunisé…

Finalement, je ne ferai l’objet d’aucune vérification de mes documents de circulation sur mon trajet. Finalement, il subsiste encore quelques piétons en brousse, beaucoup plus dans la commune Chef-lieu.

À Mayotte, pour ce premier jour de confinement, malgré des forces de l’ordre bien visibles, la mesure n’est pas totalement respectée et, contrairement aux propos fermes du président français, les contrevenants – automobilistes ou piétons – ne sont clairement pas sanctionnés.

Les Mahorais ont encore le champ libre, de moins en moins libre certes, cela se ressent, mais encore un peu tout de même.

 

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