Infirmier mahorais : « On me demande de me sacrifier et derrière on me trahit »

Infirmier mahorais : « On me demande de me sacrifier et derrière on me trahit »

Comme une cinquantaine de Français, les enfants de Cédric sont bloqués aux Comores dans l’attente d’un rapatriement qui s’embourbe. À Mayotte, leur père infirmier, déjà au front face à l’épidémie de Coronavirus, doit se battre pour obtenir leur retour. Témoignage.

Alors que Mayotte est confinée, eux sont bloqués. Depuis le 18 mars, Cédric est dans l’incapacité de savoir quand il pourra retrouver sa famille. “Ma conjointe et mes trois enfants français sont partis en vacances aux Comores et quand on a senti le vent tourner, nous avons essayé de changer les billets pour qu’ils reviennent plus tôt, mais tout était déjà complet”, introduit l’infirmier en fonction à Dzaoudzi. Depuis, c’est une longue bataille sur fond d’inquiétude que mène le père de famille pour retrouver sa compagne et ses bambins, âgés d’un à sept ans.

“Ils devaient rentrer le 19, mais la veille, le vol a été annulé apparemment sur décision de la préfecture de Mayotte”, poursuit Cédric qui se tourne alors vers l’ambassade. “Je les ai eus le 20, ils ont pris l’identité des trois enfants et celle de ma conjointe et m’ont assurés qu’ils allaient organiser un vol de rapatriement dans le week-end ou au début de la semaine prochaine.” Seule condition évoquée par les services consulaires, le paiement des billets d’avion. “Aucun problème là dessus”, balaie le soignant.

Pourtant, depuis cet échange, rien n’avance. “Selon l’ambassade, la préfecture de Mayotte aurait bloqué l’opération en cours”, avance le père de famille dont le désarroi est palpable. “J’ai ma femme au téléphone plusieurs fois par jour, ils vont bien, sont en sécurité pour le moment, mais la situation sur place change assez vite”, s’inquiète-t-il ainsi. “Les commerces ferment petit à petit, les denrées alimentaires sont rationnées à l’achat, le riz commence à manquer un peu partout ainsi que les médicaments”, poursuit Cédric. “C’est pas forcement le Covid-19 qui me fait vraiment peur pour ma famille, ils sont jeunes et donc à priori ça devrait aller, ce qui m’inquiète c’est plutôt les effets collatéraux de l’épidémie sur place, la panique que cela peut engendrer avec l’insécurité qui peut arriver rapidement, le manque de médicaments et de soins. Là-bas, en cas de problème il n’y a pas le 15 pour le Samu ou le 17 pour la police... Il faut se débrouiller.”

Deux batailles à mener

C’est l’incompréhension, “il y a environ cinquante Français dans cette situation aux Comores, nos sommes d’accord pour payer les billets, mais la préfecture de Mayotte reste muette sur le sujet”, peste le père de famille. Contactée, la préfecture confirme ce nombre et évoque pour justifier les délais “des dossiers en cours d’étude”. “Nous attendons de recevoir des preuves de domiciliation de toutes ces personnes, des adresses vérifiables”, explique-t-elle encore sans être en mesure de fournir une date pour le rapatriement. “Il n’y a aucun problème pour fournir un justificatif de domicile, mais à aucun moment cela nous a été demandé. L’ambassade n’est pas au courant de cela et personne n’a demandé ça aux ressortissants français qui ont été rapatriés de Madagascar ce week-end”, réagit, furibond, le jeune patriarche. “Selon moi, cette demande de justificatifs dont personne ne semble être au courant c’est tout simplement pour enliser la situation”, peste-t-il encore rappelant qu’à “aucun moment, l’ambassade m’a parlé de difficultés concernant les autorités comoriennes.”

“Je travaille à Mayotte en tant qu’infirmier depuis six ans, on me demande de me mettre en première ligne, de tout donner pour mon pays et les autres avec des moyens de protection plus que limites et parallèlement à ça je me sens lâché, trahi par mon pays qui laisse littéralement tomber ma famille à l’étranger, et ce en totale contradiction avec le discours du quai d’Orsay”, s’indigne Cédric.

En colère, mais bien décidé à mener la bataille. Les batailles plutôt. “Je vais être très prochainement redéployé sur les urgences de Mamoudzou qui s’attendent à une situation catastrophique”, conclut l’infirmier. Combattif.

 

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