Frédéric Turlan : “Il ne faut pas que tout le monde fasse des réserves démesurées”

Frédéric Turlan : “Il ne faut pas que tout le monde fasse des réserves démesurées”

Alors que les stocks de masques et de gels hydroalcooliques occupent tous les esprits, les médicaments, eux, sont moins souvent évoqués. Directeur général de Copharmay, l’une des deux entreprises locales à approvisionner les pharmacies, Frédéric Turlan dresse l’état des lieux à l’heure où, beaucoup, se ruent dans les commerces de santé.

Flash Infos : En cette période de crise sanitaire, où en sont les stocks de médicaments ?

Frédéric Turlan : Il y a eu un peu de folie, tout le monde s’est rué dans les supermarchés, dans les commerces, dans les pharmacies, mais le stock est là. Concernant le réapprovisionnement, une grève est toujours en cours au port du Havre, donc les commandes de mars et avril ont été décalées et on devrait recevoir un mois de réapprovisionnement en un seul bateau. En période “normale”, nous avons en général trois mois de stocks de médicaments, donc pour l’instant, nous n’en avons pas prévu plus que d’habitude. Mais il ne faut pas que tout le monde fasse des réserves de façon démesurée, et ce inutilement, et il n’a pas lieu de le faire. D’autant plus que les pharmaciens nous ont acheté des quantités conséquentes de paracétamol.

F.I : Justement, le ministère de la Santé a annoncé que la vente de paracétamol serait dorénavant limitée à une boîte par personne. Cette mesure s’applique-t-elle aussi à Mayotte ?

F.T. : Oui, ce décret s’applique sur tout le territoire de la République. Seulement, il faut le tracer avec le dossier pharmaceutique qui n’est accessible qu’avec une carte vitale, ce qui est en cours de développement à Mayotte, mais ce qui peut poser problème c’est que tout le monde n’en a pas une. Donc je pense que certains pharmaciens ont dû délivrer du paracétamol sans le marquer dans le dossier...

F.I : Comment la limitation du trafic aérien et maritime pourrait impacter les pharmacies locales ?

F.T. : Pour l’instant, nous continuons de livrer les pharmacies deux fois par jour. Nous pourrions tomber à une si la fréquentation des pharmacies baisse. Par contre si j’ai beaucoup de personnel malade, il faudra s’adapter et ça ne marchera plus dans le cas d’une grosse panique où tout le monde décide de faire des stocks pour plusieurs mois, donc la meilleure chose à faire reste encore de respecter les mesures de confinement, car moins il y a de cas, moins il y a de propagations, et moins vite l’hôpital sera saturé. Mais les grèves portuaires étant toujours en cours puisqu’une journée de grève est maintenue chaque semaine, je sais que l’hôpital attend déjà pas mal de ravitaillement qui a du retard. Mais je m’inquiète aussi de la suppression de certains vols : certains produits sensibles doivent voyager en frigo et rapidement, sans quoi ils seront bons à jeter, alors que nous en utilisons pas mal pour des prescriptions un peu inhabituelles.

 

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