Dominique Voynet : “À Mayotte, personne ne respecte rien !”

Dominique Voynet : “À Mayotte, personne ne respecte rien !”

Lundi matin, Dominique Voynet, la directrice générale de l’agence régionale de santé, est revenue sur la multiplication du nombre de cas, provoquant le passage au stade 2 de l’épidémie. Et selon elle, malgré toutes les mesures instaurées, les Mahorais font toujours autant preuve d’indiscipline, notamment en matière de confinement.

Ce lundi matin, la population de Mayotte se réveille avec le moral dans les chaussettes, en apprenant le doublement du nombre d’habitants contaminés au Covid -19. Avec vingt-et-un cas confirmés, contre onze la veille au soir, dont trois professionnels de santé. Si deux d’entre eux, personnels du centre hospitalier, continuent de travailler en se protégeant d’autrui à l’aide de masque, le troisième, un médecin libéral, est dans un état beaucoup plus critique selon Dominique Voynet, la directrice générale de l’agence régionale de santé. “Il a déclenché une forme grave du Coronavirus et se trouve en réanimation aujourd’hui. Il est rentré de métropole il y a une semaine et avait des symptômes cliniques depuis trois ou quatre jours.” Un véritable coup de massue alors que la situation sanitaire sur l’île aux parfums est déjà en flux tendu en temps normal… Cette envolée au cours des dernières vingt-quatre heures pousse l’ancienne ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement à prendre les devants. Conséquence directe ? Le passage au stade 2 de l’épidémie. “Et je pense que si nous avons autant de nouveaux cas [ce mardi 24 mars], je n’hésiterai pas à activer le niveau 3.” En clair, cela stipule simplement l'existence de cas groupés, avant une possible circulation sur tout le territoire... “Nous suivons la dynamique des cas contacts qui deviennent de moins en moins possibles à retracer, nous sommes sur le point de changer notre fusil d’épaule pour nous intéresser en priorité aux patients dont l’état de santé est menaçant. Nous faisons un travail d’adaptation du système de santé.” Et d'un point de vue des restrictions, qu’est-ce que cela change concrètement ? Pas grand-chose, puisque Mayotte applique déjà les consignes nationales, comme la fermeture des établissements scolaires, la limitation des déplacements, l’annulation des manifestations publiques et la mise en quarantaine.

Réouverture des dispensaires

Dans ce marasme général, une annonce pour le moins attendue vient réchauffer les cœurs. “Après des semaines d’attente, nous avons enfin reçu un stock de masques qui met le CHM à l’abri et dans une position confortable.” Les services en contact avec les patients vont ainsi en recevoir, et plus particulièrement la réanimation et la néonatologie, pour lesquelles les consignes sont plus strictes. Autre bonne nouvelle : les libéraux – médecins, infirmiers, pharmaciens et kinésithérapeutes – dont les cabinets sont toujours ouverts vont être équipés par l’ARS, qui se garde de tenir son précieux sésame dans un lieu tenu secret surveillé par la gendarmerie. Tout comme les services de protection de maternelle et infantile (PMI). Dominique Voynet réfléchit également à la réouverture des dispensaires, “notamment au profit des patients chroniques de longue durée (diabète, tuberculose, dengue…)”, fermés depuis le déclenchement du plan blanc le 14 mars dernier. Or, celui-ci ne semble plus adéquat, sachant qu’il n’est pas fait pour gérer la continuité des soins. Parmi les autres dispositifs en cours, il y a la préparation de lieux pour accueillir des personnes positives qui ne peuvent se confiner ou encore des cas qui méritent une attention toute particulière.

“Sous-estimation forte du nombre de cas”

Car il est bien là le problème : le respect du confinement ! “Beaucoup d’agents ont circulé ce week-end pour apporter des masques et prendre des nouvelles. Nous avons constaté que bon nombre de cas contacts partageaient des repas en famille”, regrette profondément Dominique Voynet. “Les consignes de confinement, ce n’est pas pour embêter, mais pour protéger. C’est cela qui permettra de sauver des vies.” Et pour bien faire comprendre l’urgence, elle n’hésite pas à comparer l’indiscipline mahoraise avec celle qui sévit en Italie, le pays le plus meurtri depuis le début de l’épidémie. “À Bergame, le bornage des téléphones démontre que 50 % de la population ne respecte pas le confinement.” Une statistique qui n’est sans doute pas étrangère au nombre de décès annoncés quotidiennement… “Ici, personne ne respecte rien”, fustige-t-elle pour espérer une prise de conscience et un sursaut des Mahorais. “Il y a une sous-estimation forte du nombre de cas malgré les conseils ! Et quand il n’y en a pas, le risque semble minimisé…”

Face à ces maux, elle se réjouit des restrictions des voyages aériens. “Cela faisait un bon moment que nous demandions à Paris une réduction drastique des vols. Je suis soulagée de la décision de [dimanche] qui s’applique depuis [lundi].” Jusqu’au 15 avril, seuls trois critères de déplacements sont désormais autorisés : ceux pour motif familial impérieux, ceux pour motif de santé impérieux et ceux pour des raisons professionnelles insusceptibles d’être différées. Avec toujours le même mot d’ordre pour les passagers, à savoir le placement en quatorzaine. “Et le risque de contamination sera examiné avant de montrer dans l’avion”, assure-t-elle. Grâce à ce filtrage, la directrice de l’agence régionale de santé compte bien éviter l’arrivée de voyageurs peu coopératifs...

 

Abonnement Mayotte Hebdo