Covid-19 oblige, au tribunal aussi, on renvoie les gens chez eux… ou en détention

Covid-19 oblige, au tribunal aussi, on renvoie les gens chez eux… ou en détention

Alors que les fonctionnaires qui le peuvent sont invités à rester chez eux en ces temps de confinement, le tribunal judiciaire de Mamoudzou tourne, lui aussi, au ralenti.

Il plane une atmosphère étrange, ce mercredi matin, au tribunal. Depuis l’allocution d’Emmanuel Macron lundi soir et le top départ du confinement mardi midi, la justice elle aussi a dû tout mettre sur pause, ou presque. Résultat, dans ces allées d’ordinaire fréquentées le mercredi matin, pas de trace d’une robe noire, ou même d’un salouva. En même temps, la grille de l’entrée est restée fermée, et seuls deux agents de sécurité errent aux alentours, tantôt assis à l’ombre, tantôt debout près d’un accueil qui n’a d’accueillant aujourd’hui que le nom. “On s’ennuie un peu, c’est sûr ! Et, non, on ne peut même pas jouer aux cartes !”, rigole l’un d’entre eux quand on lui demande ses occupations. “Heureusement qu’il y a le collègue”.

Difficile en effet, de ne pas se sentir seul, en ces temps de confinement. Et les quelques rares appelés, qui, même munis de leurs convocations, n’étaient pas sûrs de pouvoir passer les grilles, ne risquaient pas vraiment de pouvoir lui donner la réplique. Car en principe, “personne ne rentre”, assure le procureur de la République, Camille Miansoni. Dans le cadre du plan de continuation d’activité (PCA) du tribunal de Mamoudzou mis en place après l’annonce par la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, de la fermeture de tous les tribunaux, seules sont en effet maintenues les affaires urgentes, notamment dans le but d’éviter des maintiens arbitraires en détention provisoire. Ainsi, ce sont surtout les comparutions immédiates et les procédures relatives aux mesures de sûreté (détention provisoire, contrôle judiciaire, assignation à résidence) qui continuent de se tenir ces jours-ci. Toutes les affaires civiles ou pénales sont, elles, renvoyées à une date ultérieure. Un affichage à l’entrée informe, prévenus et victimes qui pour beaucoup, avaient toutefois fait le déplacement, ce matin, de la date de leur nouvelle audience. “Les gens ne savaient pas, ils avaient leurs convocations, il a fallu leur annoncer verbalement le renvoi”, raconte l’agent de sécurité.

“Les effectifs sont réduits au strict minimum”, poursuit-il, en relevant son masque respiratoire. Pas de trace des avocats et “pas beaucoup de greffiers non plus”. Mais “tant qu’il y a des fonctionnaires, nous sommes obligés d’être là pour assurer la surveillance du site 24h/24”, souligne-t-il. Mis à part son collègue et lui, trois personnes attendent qu’on les appelle devant leur salle d’audience. Si l’on compte les trois policiers qui encadrent aussi un prévenu dans un couloir attenant, le procureur, un agent d’accueil et les juges en train de s’activer à leurs tâches de juges, ils ne doivent pas être plus d’une vingtaine dans l’enceinte du tribunal ce mercredi. Pas vraiment de quoi assurer la publicité des audiences, principe oublié de la justice en cette période de crise du Covid -19…

Les prévenus qui attendent devant la salle d’audience doivent donc tous être jugés en comparution immédiate. Trois affaires sont sur la table aujourd’hui : un dossier de passeurs de kwassas, un autre pour des faits de violences, et un troisième qui concerne une agression sexuelle. Le prévenu encadré par les trois hommes en bleu doit passer devant le juge des libertés et de la détention, nous informe aussi l’un d’eux. “Sans doute pour l’étude de la prolongation de sa détention provisoire”, explique Camille Miansoni. Une détention autrement sévère que celle subie par la majorité de la population ces temps-ci.

 

 

 

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