“Clairement, nous avons essuyé les plâtres”, un couple de patients témoigne

“Clairement, nous avons essuyé les plâtres”, un couple de patients témoigne

Ils sont les deuxième et troisième patients atteints du coronavirus sur l’île. Et si leur prise en charge a été dans un premier temps balbutiante, les voilà maintenant rassurés quant à l’implication des différentes équipes à leurs côtés. “On a beaucoup de chance”, estiment-ils ainsi alors qu’ils sont désormais confinés depuis une semaine sans que leur état de santé ne présente d’inquiétude. Témoignage.

“Vous n’avez pas voyagé dans l’Oise, vous êtes jeune donc pas d’inquiétude.” L’incompréhension est totale lorsqu’après plusieurs dizaines de minutes d’attente, le médecin du Samu répond ainsi à la jeune femme qui l’appelle. Nous sommes samedi, et après un retour de trois semaines de voyage en métropole le mardi, la trentenaire présente depuis jeudi “comme un gros rhume”. “Au début, nous ne sommes pas trop inquiétés, mais nous avons tout de même dès son arrivé appliqué tous les gestes barrières et dès les premiers symptômes, nous nous sommes confinés à la maison”, explique son compagnon. Mais au vu de la persistance de ce qui pourrait apparaître comme les symptômes du Coronavirus, le jeune couple décide de prendre le taureau par les cornes afin d’en avoir le cœur net. Une démarche appuyée par les discours des différents médias invitant à réagir rapidement en appelant le Samu.

“On voyait et lisait partout qu’en prévenant le 15, une ambulance viendrait nous chercher pour effectuer un diagnostic. Or là, nous sommes tombés sur un médecin très rassurant qui nous a simplement invités à rester au maximum chez nous, ce que nous faisions déjà”, poursuit le compagnon. Seuls face à leurs doutes, le couple applique encore plus fortement les “gestes barrières”. “On est seulement sorti pour aller voter”, explique-t-il. Mais dimanche, au tour du compagnon de présenter quelques symptômes. “Je commençais à tousser et avoir mal aux bronches”. On rappelle le 15. Cette fois-ci, une nouvelle étape est franchie et le médecin régulateur les redirige vers l’infectiologue. “Il nous a posé un peu plus de questions et a fini par nous répondre : “vous êtes jeunes tous les deux donc le risque est proche de 0. Sur le coup on est un peu rassurés, mais on est quand même très étonnés de ce discours en décalage complet avec ce que l’on voit partout dans les médias”, se rappelle le jeune homme.

“Ils n’étaient juste pas prêts”

Une heure après, cependant, un chef de service du CHM recontacte le couple. “Il nous explique qu’après concertation, on va nous diagnostiquer. On s’est dit qu’ils allaient nous envoyer une ambulance, mais non, ils nous ont demandé de venir nous même.” Et c’est le début d’une très longue attente. Teintée d’angoisse. “Quand on arrive, rien n’est prêt. Une première équipe sans protection nous accueille de loin en nous dirigeant vers une tente. Là, pour le coup, tout le monde était protégé. On prend nos constantes puis on nous demande d’attendre sur deux chaises qui étaient posées là, en face de la sortie des urgences. C’était surréaliste”, se souvient encore le trentenaire qui tient, tout au long de son récit, à ne pas jeter l’opprobre sur le personnel médical qui est au front. “Ils n’étaient juste pas prêts et je pense que cela provient de consignes contradictoires”.

La chaleur est étouffante. Un médecin vient finalement réaliser un prélèvement dans les sinus de la jeune femme “avec une sorte de gros coton-tige enfoncé très profond. C’est très désagréable”. “Pendant ce temps, une dizaine d’ambulanciers se sont mis à s’affairer autour de nous pour monter une grosse tente. En fait, ils construisent un sas de confinement autour de nous. Ça fait un peu

bizarre.” Pendant près d’une heure, le couple reste dans l’attente. Dans la tente. Il est 15h, on leur explique que la machine de diagnostic sera lancée à 17h et qu’il faut attendre près de trois heures pour qu’elle délivre sa sentence. “On n’avait rien, même pas un ventilateur, juste une bouteille d’eau acquise à force de réclamations”, se souvient-on chez le couple. Alors les jeunes patients protestent contre la consigne de l’ARS qui leur impose un confinement sur site. “Finalement, après discussions entre eux, ils acceptent de nous laisser rentrer chez nous, on est soulagés sur l’instant, mais on attend encore les résultats”.

Le soir, le couple confiné chez eux apprend au journal de Mayotte la 1ère qu’un deuxième cas a été diagnostiqué. Ils ne le savent pas encore, mais c’est de la compagne dont il s’agit. “Et puis vers 20h, un infectiologue nous appelle, ne nous dit pas clairement les choses et à force de discussion, on apprend que le test est positif au Coronavirus. On était vraiment énervés de l’apprendre dans ces conditions, d’abord à la télé puis en nous parlant comme à des demeurés.” Passé l’énervement, “on comprend que les choses n’étaient pas du tout préparées, en fait on a clairement essuyé les plâtres”, considère le jeune homme. “D’un bout à l’autre de la chaîne, on a nagé dans le flou, on a senti une forme de panique”, témoigne-t-il encore.

“Protégeons-nous, restons chez nous”

Une panique en totale opposition avec ce qu’ils vivent actuellement. “Depuis mardi où j’ai été à mon tour diagnostiqué, c’est Santé publique France qui a pris le relai et là on sent qu’on à affaire à des pros !”, se réjouit le compagnon. “Adorables”, “rassurants”, “attentifs”, les superlatifs ne manquent pas pour qualifier les équipes. “On sent qu’on est soutenus, compris. Tout d’un coup, on s’est sentis beaucoup moins seuls”, confie le couple. Depuis mardi donc, l’avenir s’est éclairci pour les amoureux.

Ce qui leur permet de relativiser et de prendre du recul quant à leur situation. “On a des symptômes persistants, mais pas inquiétants. C’est comme une grosse grippe, c’est très fatigant et on a régulièrement de gros maux de tête que l’on calme avec du doliprane.” De leur côté, les équipes de Santé publique France les appellent régulièrement pour suivre l’évolution de leur état de santé. “On sent que notre corps dépense beaucoup d’énergie pour lutter contre le virus, alors on est vraiment crevés, les journées sont interminables, mais on a le moral et un fort élan de solidarité s’est créé autour de nous, ça fait chaud au cœur”, expliquent-ils.

Passé le temps de l’inquiétude, vient à leur tour, celui du diagnostic. “Le fait que ça se passe bien pour nous ne doit surtout pas vouloir dire que le sujet n’est pas sérieux, nous avons juste beaucoup de chance. Il y a de nombreux cas où ça ne se passe pas comme cela alors il faut que tout le monde soit très prudent, c’est très important”, appuie le compagnon. Selon lui, les messages ont souvent été trop contradictoires et à même de brouiller l’idée que la population peut se faire du virus. Alors, à son tour de prendre la parole : “d’abord, je voudrais rappeler toute ma solidarité envers les équipes médicales qui sont au front dans des conditions très difficiles. Et il faut bien que tout le monde prenne conscience d’une chose : ce n’est pas le virus qui circule, ce sont les gens qui en sont porteurs qui le font. Alors il faut que chacun pense aux autres et leur évite d’avoir affaire à cette maladie que l’on ne maitrise pas et qui peut s’avérer grave dans beaucoup de cas, et pas seulement chez les personnes âgées. Ne croyons pas toutes les intox qui circulent sur Internet, protégeons-nous simplement les uns les autres, restons chez nous.” À bon entendeur.

 

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