Centre d’appel de secours 15 : “on tourne à 400 dossiers par 24 heures”

Centre d’appel de secours 15 : “on tourne à 400 dossiers par 24 heures”

Alors que le premier cas de Coronavirus a été confirmé samedi matin par l’agence régionale de santé, le centre d’appel de secours 15 a vu dans le même temps son nombre de dossiers multiplier par deux en moins d’une semaine et passer à 400 par vingt-quatre heures. Si le nombre de médecins et d’assistants de régulation a été renforcé pour faire face à cette crise, Ludovic Iché, médecin urgentiste et responsable du Samu et des Evasan, persiste et signe : il faut privilégier le numéro vert pour ne pas saturer la ligne directe

Activé ce lundi matin, le plan blanc a de nombreuses répercussions sur le fonctionnement du centre hospitalier de Mayotte. Conséquences ? Annulation de certaines consultations externes de spécialité (Orl, dentaire, ophtalmologie…) et de médecine générale sur rendez-vous prises dans les centres de référence et à Jacaranda, report des hospitalisations et des interventions à l’exception des césariennes et fermeture au public des pharmacies des secteurs… Aux urgences, le service s’annonce lui saturé, en raison des épidémies de dengue et de bronchiolite qui sévissent depuis ces derniers mois. “Nous gardons la même procédure qui a été instaurée, sachant que nous avions déjà des renforts en place [une quinzaine d’infirmiers et quatorze médecins]”, confie Ludovic Iché, médecin urgentiste et responsable du service d’aide médicale urgente et des évacuations sanitaires, au moment d’évoquer l’entrée du Coronavirus sur le territoire.

Les assistants de régulation ont presque doublé

Seul changement majeur suite à cette confirmation, samedi dernier, du premier cas, suivi d'un deuxième ce lundi soir : l’explosion du nombre de sollicitations au centre d’appel de secours 15. “En moyenne, nous traitons entre 160 et 200 dossiers par vingt-quatre heures. En moins d’une semaine, ce chiffre est passé à 400. Nous nous faisons complètement déborder !” Alors pour tenter d’enrayer cette surcharge, le responsable rappelle le discours prôné durant tout le week-end par la directrice de l’agence régionale de santé, Dominique Voynet. “Si certaines personnes souhaitent simplement avoir des renseignements sur le virus, ils doivent contacter le numéro vert mis en place par le gouvernement pour éviter de saturer le 15.” Cela, même si le nombre d’assistants de régulation et de médecins est respectivement passé de 3 à 5 et de 1 à 3. D’autant plus que les recrutements de dernière minute pour augmenter les effectifs sembleraient compromis, malgré l’aval financier des institutions. L’unique recours à ce jour pour monter en ressource resterait alors la formation des internes.

Sur place, l’hôpital prend également ses dispositions, avec l’installation dès vendredi dernier d’une tente à l’entrée des urgences, où se concentrent un infirmier, un aide-soignant et un médecin pour “réaliser une hypothèse de diagnostic rapide”. “Si nous suspectons un cas de dengue ou de Coronavirus, nous passons par un autre circuit pour éviter de traverser la salle d’attente. C’est ce que nous appelons un système de driving immédiat.” Cette procédure permet ainsi de limiter les contacts avec les autres patients.

Un SAS pour un test rapide

Néanmoins, un souci de plus grande ampleur réside en cas d’épidémie foudroyante puisque l’établissement ne possède qu’une quinzaine de lits d’hospitalisation. Comment garder les malades qui auraient notamment besoin d’une assistance respiratoire ? Selon Ludovic Iché, des mesures drastiques s’imposeraient : “nous prendrons des places en chirurgie et nous déprogrammerons toutes les interventions les moins urgentes. Mais une chose est sure, il faut augmenter notre capacité de lits. Cette problématique est en réflexion.”

Face aux différentes rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux, le médecin urgentiste tend à rassurer. “Actuellement, trois, quatre cas sont actuellement testés. Nous aurons les résultats demain ou après-demain.” Avant de préciser que le Covid -19 ne circule pas pour l’instant sur l’île aux parfums puisque la personne contaminée revenait d’un séjour dans l’Oise et que sa période d’incubation n’a commencé qu’au moment de sa prise en charge. “Le virus a une couronne très fine qui ne survit que quelques heures en extérieur. Par exemple, s’il se trouve sur une surface, il tient trois heures avant d’être inerte”, précise Ludovic Iché. Toujours est-il que la vigilance reste de mise et qu’il apparaît indispensable de limiter les contacts humains pour la période propagation soit la plus longue possible.

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