Le jour où la préfecture de Mayotte a demandé aux forces de l’ordre de suspendre les verbalisations

Le jour où la préfecture de Mayotte a demandé aux forces de l’ordre de suspendre les verbalisations

Depuis vendredi, la nouvelle a fait pschitt. Ce jour-là, la préfecture a ordonné aux forces de gendarmerie et de police de ne pas verbaliser les personnes qui ne respectaient pas les mesures de confinement. Une décision qui interviendrait au lendemain du contrôle de plusieurs élus du chef-lieu, alors en plein rabattage pour les municipales. Pendant ce temps-là, le Covid-19 poursuit sa propagation.

Passe-droit ou pédagogie ? En milieu de semaine, le magazine national Valeurs Actuelles – connu pour sa ligne éditoriale conservatrice – titrait “L’impossible confinement à Mayotte”, et dévoilait même, s’appuyant sur différentes sources policières anonymes, que la préfecture aurait “interdit aux policiers et gendarmes de verbaliser les personnes qui ne respectent pas le confinement”. Samedi, le syndicat départemental d’Alternative Police s’est à son tour inquiété de cette consigne donnée par la hiérarchie, “au lendemain de la verbalisation d’élus de Mamoudzou, qui étaient en campagne électorale (…) faisant fi des consignes de confinement”.

Selon plusieurs effectifs de police, des élus de Mamoudzou auraient été verbalisés pour non-respect du confinement jeudi après-midi, alors qu’ils prospectaient dans les rues pour le second tour des élections municipales. Lors du contrôle, ces mêmes personnalités auraient menacé les agents de police de se plaindre auprès de leur hiérarchie. Dès le lendemain, un officier donne l’ordre de ne sanctionner plus personne d’ici lundi, consigne émise par la préfecture elle-même. “On ne sait pas si c’est lié ou pas, mais ça correspond dans le temps”, souligne Aldric Jamey, délégué départemental d’Alternative Police. “C’est une incompréhension totale”, a-t-il ajouté.

Vendredi matin, la compagnie départementale d’intervention, notamment, reçoit effectivement cette nouvelle directive. À la tête du service, le commandant Thor. “C’est une directive globale”, confirme-t-il à son tour. “Le préfet avait déjà indiqué vouloir déployer une première phase pédagogique auprès de la population pour qu’elle comprenne mieux les comportements à adopter pendant le confinement”. En effet, alors que le président de la République demandait à chaque citoyen de limiter au maximum ses déplacements, et ce à compter de mardi dernier, les forces de l’ordre locales expliquaient, dès le lendemain, miser d’abord sur la prévention plutôt que sur la répression, le temps que les Mahorais intègrent les conduites à tenir et surtout, les risques qu’ils encourent.

“Un noyau dur de personnes s’en fout complètement”

“La prévention, on la fait tout le temps, on ne verbalise pas systématiquement”, rappelle, une semaine plus tard Aldric Jamey. “Les consignes passent en boucle à la télé ou à la radio, et globalement on observe que les gens ont compris qu’il fallait rester chez eux, mais il y a quand même un noyau dur de personnes qui comprend et qui s’en fout complètement, voire même qui nous provoque, et si on ne peut pas verbaliser ces gens-là, ils ne comprendront jamais.”

Contacté par la rédaction, le cabinet du préfet n’a pas donné suite à nos appels. Toutefois, le délégué du gouvernement a indiqué “un passage en phase répressive à compter de ce dimanche 22 mars”, par voie de communiqué. “Toutes les personnes refusant de se soumettre aux règles du confinement et ne justifiant d’un motif prévu par les textes réglementaires seront verbalisées par une amende de 135 euros”, peut-on lire sur le site de la préfecture. “La consigne a été passée aux forces de police et de gendarmerie qui l’appliqueront avec toute la rigueur imposée par la nécessité de protéger Mayotte et ses habitants.”

“On reproduit les mêmes erreurs qu’en métropole où le virus se propage très vite”, s’inquiète encore le délégué départemental d’Alternative Police, alors qu’entre samedi et dimanche, cinq nouveaux cas de Coronavirus ont été confirmés à Mayotte. “La semaine prochaine, on risque encore de voir le nombre de cas exploser, et c’est un peu pris à la légère. D’autant plus que les collègues sont peu sensibilisés.”

 

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