Ce qu'il attend de 2020: Thani Mohamed Soilihi, sénateur

Ce qu'il attend de 2020: Thani Mohamed Soilihi, sénateur

L'année 2020 s'annonce chargée pour le sénateur Thani Mohamed Soilihi, entre le suivi de la promesse présidentielle de piste longue, le débat national des retraites qui concerne aussi Mayotte, ou encore une possible réforme institutionnelle du territoire. De la nécessité pour le territoire de prendre son destin en main. 

Mayotte Hebdo : Quel dossier vont occuper votre année 2020 ?

Thani Mohamed Soilihi : Il y en a un en cours, c'est la loi bioéthique, qui a vocation à étendre la PMA aux couples de femmes homosexuelles et aux femmes seules. Je fais parti de la commission spéciale montée au Sénat pour s'occuper de ce texte. Ce sont des travaux intenses qui impliquent des sujets très sensibles. C'est un dossier national, mais qui concerne donc aussi Mayotte. Sujet national, toujours, et qui concerne lui aussi tout particulièrement Mayotte : les retraites. Il y a un enjeu qui est celui de la mise en place d'une retraite minimale de 1 000€ promise par le président. Il faut travailler sur cette avancée pour qu'elle soit appliquée à Mayotte aussi, puisque nous avons chez nous, depuis des années, des problèmes irrésolus de retraite dus aux difficultés de cotisations, dans un système où on est justement rétribué en fonction de ces cotisations. Cela va être un enjeu fort pou le département.

MH : Le président Macron avait justement parlé de la convergence des droits sociaux à Mayotte, lors de sa venue sur le territoire. Il y a donc de quoi être confiant sur le sujet des retraites…

TMS : Oui, mais être confiant ou pas n'est pas la seule question. Ce sont des sujets qui ne vont pas se faire tout seul. Ils impliquent que les parlementaires dont je fais partie suivent ce dossier de prêt pour que, le moment venu, Mayotte ne soit pas oubliée. Entre les promesses d'un président et les réceptivités, il peut y avoir un décalage, surtout si cela nécessite un travail des parlementaires. Je n'ai plus envie qu'on se lève un beau matin avec la gueule de bois en constatant qu'on a raté le coche. C'est la raison pour laquelle je mets un point d'honneur à être présent dans les débats parlementaires. Collectivement, il faut faire en sorte que cela ne soit pas un rendez-vous manqué. Alors oui, on peut être confiant lorsqu'on a vu que les engagement pris dans différents secteurs ont été tenus, mais à condition qu'il y ait le même suivi réalisé par les acteurs de Mayotte.

MH : En parlant de promesse, la piste longue en est une. Le sujet sera au centre de l'attention ?

TMS : C'est évidemment un gros sujet. C'est pareil sur ce pointil y a eu la promesse du président de la République, mais si one fait rien, elle ne viendra pas. C'est pour cela que j'ai demandé très tôt à ce qu'un comité de suivi soit mis en place, et je me réjouis que le président du Conseil départemental, Soibahadine Ibrahim Ramadani, m'ait emboîté le pas en le proposant lui aussi. Mais on est encore au stade des vœux. Or, nous avons – au moins en partie – les cartes en mains. Je réitère ici ma volonté de voir le Département, parce que c'est son rôle en tant que chef de file, de s'emparer de ce dossier et réunir localement ce comité pour commencer les travaux.

MH : Une évolution institutionnelle était également envisagée pour cette année, afin que Mayotte devienne un département-région. C'est un dossier que vous avez porté sur demande du Conseil départemental. Peut-il encore voir le jour à temps, puisque le délai pour déposer une loi et changer le mode de scrutin de la collectivité n'est plus que de deux mois ?

TMS : En ce qui me concerne, j'ai fait ma part du travail. On peut toujours en discuter. J'ai déposé deux propositions de loi, et j'en ai préparé une troisième. Elle ne retient deux points consensuels pour aller plus rapidement : rejoindre le mode de scrutin régional et augmenter le nombre des représentants pour que Mayotte ne soit pas le territoire le moins représenté. Ce travail est sur la table et la balle, elle, est dans le camp à la fois du Département et de l'État. Il ne tient qu'à eux de faire en sorte que ce dossier soit bouclé de façon qu'au prochain rendez-vous, on ne soit pas encore dans ce système actuel où il n'y a pas de perspectives ni de projets présentés aux Mahorais. Or, Mayotte en a besoin, elle a besoin d'un cap. Toutes ces questions de piste longue ou de port, des questions cruciales, n'étaient pas dans un programme commun d'une majorité qui aurait été choisie par la population. Ce sont des sujets qui se sont imposés, donc arrêtons de subir les évènements et anticipons un petit peu plus.

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