Ce qu'il attend de 2020: Issa Issa Abdou, vice-président du Conseil départemental en charge des Affaires sociales

Ce qu'il attend de 2020: Issa Issa Abdou, vice-président du Conseil départemental en charge des Affaires sociales

"2020 sera une année charnière"

Mayotte Hebdo : Quels sont les grands dossiers qui vont occuper le Département cette année, et en particulier pour les affaires sociales ?

Issa Issa Abdou : La convergence et l'alignement des droits sociaux. Tout au moins obtenir un calendrier clair sur ce sujet. En ce sens, nous avons adressé au président de la République une proposition en trois temps. L'idée est de voir l'aboutissement de tout cela. J'ai eu l'occasion de le dire au sous-préfet délégué à la cohésion sociale : c'est une boussole très importante pour nous. L'alignement des droits sociaux, c'est le parachèvement de la départementalisation car les acquis sociaux ne sont pour le moment étendus que pour moitié à Mayotte. Et pour ceux qui le sont, ils ne le sont qu'à 40% ou 50% de ceux de métropole dans le meilleur des cas. Je pense au Code de la sécurité sociale, celui de la santé, etc.

MH : Vous attendez donc que l'État fixe un cap afin de pouvoir vous mettre en ordre de marche…

IIA : Au moins cela, oui. Dans la proposition que nous avons faites à l'État, il y a par exemple les urgences absolues avec – c'est d'actualité – la question des retraites. Le président de la République a parlé d'un minimum de 1 000 euros pour les petites retraites. Nous disons "chiche : alignons aussi Mayotte à ce niveau-là." Il y a aussi la prime de fin d'année, la prime d'assiduité, etc. Tout cela, pour nous, relève de l'urgence absolue. Si on prend en compte que 84% de la population vit sous le seuil de pauvreté, ce sont ces mesures-là qui vont permettre que Mayotte ne soit pas la dernière de la classe. Et puis, il y a aussi le moyen terme, qui correspond à la fin du contrat de convergence, en 2022 : il faudra aligner tout ce qui est déjà étendu ici au niveau de la métropole. Le RSA devra être à 100% par exemple.

Et puis, au-delà, sur le prochain contrat de convergence, tout ce qui n'est pas étendu devra l'être. Avec cela, on aura parachevé la départementalisation. Nous sommes raisonnables, et si on ne peut pas nous donner gain de cause sur nos propositions, alors nous sommes preneurs d'une meilleure proposition de la part du gouvernement. Mais que nous ayons au moins un calendrier clair à suivre.

D'autre sujets seront aussi importants, comme le Plan contre la pauvreté mené avec l'État ; le Fonds de développement social que nous avons renégocié récemment, etc. 2020 est crucial en ce sens, car nous arrivons à la fin des accompagnements et des compensations qui nous été accordés. J'ai obtenu un accord de principe pour qu'ils continuent à partir de 2021, mais ce sont des choses à préparer. Cette année, il s'agit de préparer les étapes suivantes, de les anticiper. C'est une année charnière.

MH : Il y a aussi la question de l'évolution institutionnelle du département en département-région. Une proposition qui a provoqué des divergences. Le projet peut-il encore voir le jour alors qu'il ne reste que deux mois pour l'inscrire dans la loi ?

IIA : La loi dit qu'afin de modifier le mode de scrutin électoral, il faut que les choses soient effectives un an avant. Les prochaines élections régionales étant prévues pour mars 2021, cela ne nous laisse en effet que deux mois. Je crains que cela ne soit pas possible à tenir compte tenu du délai. De mon avis, cela ne va donc pas changer cette fois-ci, bien que j'espère me tromper car une région est une nécessité pour développer ce territoire. Mais je constate que rien n'a bougé, il n'y a pas de consensus.

MH : Pourquoi cet échec sur cette évolution ?

IIA : Le consensus du territoire sur ce projet majeur n'existe pas. Il y a des divergences de vues entre les uns et les autres. On n'est pas encore capable de se mettre autour d'une table pour préparer les enjeux colossaux de ce territoire. Il me semble pourtant que c'était un bon projet.

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