Les jeunes mahorais confinés dans leur inquiétude

Les jeunes mahorais confinés dans leur inquiétude

Ils sont lycéens et alors qu’ils devraient avancer à grands pas dans la vie, l’épidémie qui sévit désormais sur le territoire les confine à l’arrêt, dans le doute et l’inquiétude. Témoignage.

“On sait que c’est pour notre bien, mais c’est très dur, on est inquiets et on se pose plein de questions.” Iri Nadjib a 17 ans et, comme la plupart de ses camarades du lycée professionnel de Kawéni qui l’ont désigné comme porte-parole, il passe ses journées entre quatre murs. Avec le doute et l’inquiétude comme principaux compagnons. Alors, pour préserver un semblant de normalité, les camarades tentent tant bien que mal de travailler. “C’est hyper compliqué de se motiver. À l’école, on a un encadrement, mais à la maison le sérieux ne peut pas être au rendez-vous. On est là avec nos frères et sœurs, nos mamans qui nous demandent toujours quelque chose, c’est impossible de se concentrer”, explique le lycéen dans une conversation téléphonique chahutée par le brouhaha de la maisonnée. “Et puis au-delà de ça, beaucoup de mes camarades ne disposent pas de ce qu’il faut pour travailler ou ne maîtrisent pas les instruments. Il y en a beaucoup qui m’appellent en pleurant parce qu’ils n’y arrivent pas, il n’y a personne derrière eux. Ceux qui doivent passer le bac sont complètement paniqués”, assure encore le jeune porte-voix, assurant toutefois qu’il y a “des profs qui font ce qu’ils peuvent, mais ils sont débordés aussi et ne maîtrisent pas toujours tout non plus”.

“On savait tous ce qui allait se passer, mais ils n’ont rien fait”

Les projets sont entre parenthèses, la vie en suspens. “Mais quand je vois ce qu’il se passe dehors, je suis très en colère”, poursuit Iri. “Je sors le minimum, juste pour aller faire des courses essentielles, mais à Kawéni comme ailleurs, je vois plein de gens mener une vie normale.” Dans le viseur du lycéen ? “Les adultes qui ne comprennent pas la gravité de la situation et qui font n’importe quoi alors que c’est à eux de montrer l’exemple”, s’emporte-t-il avant de tempérer son propos. “Après, c’est vrai qu’il y a beaucoup de gens, une majorité même à Kawéni pour qui c’est très difficile, ils n’ont rien chez eux et sont donc bien obligés de sortir, ne serait-ce que pour aller prendre de l’eau au robinet collectif alors que c’est très dangereux. C’est triste de voir qu’on ne fait rien pour toutes ces personnes”, se désole le jeune homme. “Il y a aussi tous ces jeunes qui trainent, qui font tout en groupe, qui ne savent pas vivre autrement”, constate encore Iri Nadjib dont les camarades se distinguent également entre les conscients, les inconscients et ceux qui n’ont pas le choix.

Chez ces premiers, “c’est la panique totale, surtout qu’en plus il y a vraiment tout et n’importe quoi qui circule sur les réseaux sociaux, il y a des jeunes qui sont vraiment traumatisés”, assure le lycéen. Une angoisse par ailleurs alimentée par un manque de confiance généralisé envers les institutions. “C’est ça qui fait très peur aussi parce qu’on est là à se confiner pour se protéger les uns les autres sans savoir si ça va marcher alors que dès le début on savait très bien d’où allait venir le problème. Ils n’ont rien fait quand il était temps pour empêcher le virus de rentrer sur le territoire alors que tout le monde sait très bien que tout est plus compliqué qu’ailleurs ici et que la maladie peut y faire des ravages. On savait tous, mais ils n’ont rien fait ”, tance le jeune porte-parole avant de conclure dans l’émotion. “Maintenant, c’est trop tard. On a peur.”

 

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