« Gagner en agilité" pour faire respecter le couvre-feu à Mayotte

« Gagner en agilité" pour faire respecter le couvre-feu à Mayotte

La décision semblait inéluctable au regard d’un encore trop insuffisant respect des règles du confinement. Ce lundi soir, le préfet a décrété le couvre-feu sur l’ensemble du territoire à partir de 20h jusqu’à 5 heures du matin. Une décision qui implique une réorganisation des différentes forces de l’ordre afin d’imposer le confinement. Avec un credo : « l’agilité ».

Pour faire respecter le confinement des habitants, « nous devons gagner en agilité », expliquait lundi soir au micro de Mayotte la 1ère le préfet de Mayotte. Et en coercition, avec un geste fort décidé ce jour après consultation des maires et parlementaires de l’île : l’instauration d’un couvre-feu sur l’ensemble du territoire de 20h le soir à 5h le lendemain matin. « Concrètement, cela veut dire que dès 20h, les rassemblements de plus de deux personnes seront verbalisés », indiquait encore le préfet. Mais face à la difficulté précédemment constatée de faire respecter les règles de confinement, l’application concrète du couvre-feu demande une réorganisation des différents services des forces de l’ordre.

« Cela signifie que nous allons renforcer les patrouilles sur le terrain, principalement en première partie de nuit », explique ainsi le lieutenant-colonel François Bisquert. Car selon le gendarme, « c’est à cette période-là, autour de 20h, que nous observons le plus grand nombre de rassemblements, les gens profitent de la tombée de la nuit et de la fraîcheur pour essayer de sortir ». Dans le viseur du gendarme, les personnes âgées - qui sont d’ailleurs les plus fragiles face au coronavirus - mais aussi les jeunes. Chez ces premiers, « c’est une habitude très fortement ancrée de se retrouver le soir pour discuter en groupe, c’est une sorte de rituel qui a encore cours malgré les consignes », estime le militaire. Côté jeunesse, « ils profitent d’une relative fraicheur pour se retrouver, notamment pour faire du sport. »

« Nous sommes des militaires et devons donc anticiper les différents scenarii »

Des modes de vie bien ancrées que la gendarmerie ne pourra pas, seule, faire reculer. Pour faire respecter le couvre-feu, elle s’appuiera donc sur les policiers municipaux. « C’est très efficace et important que nous travaillions ensemble, notamment dans les quartiers où l’on parle peu le français ou auprès des mosquées par exemple, cela permet de faire passer le message plus facilement », constate encore l’officier de gendarmerie. De la pédagogie donc ? Pas vraiment, « bien sûr qu’il sera difficile de verbaliser systématiquement, mais cela fait maintenant plusieurs jours que le message est clair et on ne le répétera pas plusieurs fois. Il faut que tout le monde comprenne bien quelles sont les limites, les gens peuvent rester devant chez eux, discuter de maison à maison mais ne doivent plus, en aucun cas, se rassembler », martèle François Bisquert.

Gendarmes et policiers municipaux donc, main dans la main pour couvrir l’ensemble du territoire. Le programme semble solide, mais qu’arrivera-t-il si, comme la police nationale, le Covid-19 fait son entrée dans leurs rangs. « Nous nous sommes réorganisés pour parer à cela », balaie le militaire.

Concrètement, « Nous avons scindé toutes nos unités en deux pour éviter un chevauchement et une éventuelle propagation au sein de nos effectifs, de sorte qu’il y ait toujours un groupe opérationnel », assure le gendarme. En sous-texte, cela implique donc que les hommes en bleu seront moins nombreux sur le terrain. Quid alors de leur intervention en cas de troubles à l’ordre public. « C’est aussi quelque chose qui est évidement prévu, nous sommes des militaires et devons donc anticiper les différents scenarii », insiste le lieutenant-colonel. Aux commandes de cette anticipation, le Centre de prospection et de gestion de crise, rattaché à la direction générale de la gendarmerie nationale. « Ils formulent les plans et nous les appliquons localement », appuie François Bisquert qui se veut rassurant sur ce dernier point. « Pour l’heure, nous ne constatons pas spécialement de cycle de violences, ça a même plutôt diminué », se satisfait le gendarme.

 

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