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Page 1 sur 10 Mère de tous les vices ? Simple plaisir à boire ? L'alcool, chacun à son avis sur la question. Tabou culturel, diabolisé par les pratiquants musulmans, l'alcool cristallise beaucoup de colère, de rencoeur et de passion. La façon dont il est consommé à Mayotte(binge-drinking), s'apparente à un sprint à l'ivresse. De nombreux Mahorais en sont adeptes, les problèmes sociaux causés par une consommation excessive sont souvent relevés par les services sociaux et judiciaires. Au cours de notre enquête, certains de nos interlocuteurs ont suggeré la mise en place d'une "éducation" à la consommationd'alcool pour faire diminuer les comportements excessifs. D'autres prônent la fermeté et une stricte application de la loi. En réalisant ce dossier, mayotte Hebdo lance le débat pour que les différentes composanytes de la société mahoraise prennent conscience de l'ampleur du phénomène et que des solutions soient trouvées tous ensemble.
Etude alarmante La jeunesse en danger
R éalisée en 2003 à l'initiative du Centre information jeunesse (Cij) et travaillée par Ipsos et Angalia, une étude sur les jeunes et l'alcool faisait apparaitre des comportements très alarmants chez les garçons adolescents et jeunes adultes. D'une manière générale, la consommation d'alcool est très souvent liée aux actes de délinquance juvénile, pourtant rien n'est fait pour freiner ce phénomène. C'était en 2003, le Centre information jeunesse fait administrer environ 4.500 questionnaires à des jeunes résidant à Mayotte, pour leurs habitudes de consommation de tabac, d'alcool et de cannabis. Le Cij fait ensuite appel à Angalia et Ipsos pour le traitement des données recueillies. 3.852 enquêtes sont retenues au final, elles concernent des jeunes âgés de 12 à 26 ans. Toutes les données recueillies sont du déclaratif, les résultats sont donc en général en dessous de la réalité. Présentée par Jean Conneau d'Angalia devant plusieurs responsables de la jeunesse et de la santé, l'enquête fait apparaître des comportements alarmants avec l'alcool chez les garçons (3% seulement des filles déclarent boire), souvent déscolarisés et plus ou moins indépendants ou livrés à eux-mêmes, à savoir ceux qui vivent dans un banga et plus chez leurs parents. Pourtant, rien n'est fait pour endiguer le phénomène. A l'époque, la Dass annonce que l'alcool ne fait pas partie de ses priorités que sont la lutte contre le paludisme et le chikungunya, et certains se montrent vexés devant les statistiques par origine : parmi les garçons qui se déclarent buveurs, ils sont 25% de ceux nés à Mayotte contre 14% de ceux nés aux Comores, une donnée qui semble mal acceptée. Parmi les préconisations de l'agence Angalia, la principale est de refaire régulièrement cette enquête et d'établir un observatoire de la consommation d'alcool chez les jeunes, un chiffre seul n'ayant qu'une valeur limitée tant qu'il n'est pas comparé à un autre chiffre. Six ans plus tard, aucune nouvelle enquête n'a été réalisée, Mayotte reste absente des données de l'Observatoire français des drogues et toxicomanies et il est impossible de mesurer la tendance de la consommation d'alcool par les jeunes de l'île. L'alcool, facteur aggravant de la délinquance L'enquête fait apparaître que chez les garçons de 12 à 14 ans, 8% déclarent boire, 20% des garçons de 15 à 19 ans et 32% de ceux de 20 à 26 ans. "Chez les plus jeunes, vers 13/14 ans, l'alcool est souvent un facteur aggravant dans les actes de délinquance", constate le juge pour enfants Michel Sastre, "dans les actes de vol, de violence et même de viol, on constate souvent qu'ils ne seraient pas passés à l'acte s'ils n'avaient pas bu. L'alcool facilite le passage à l'acte". Le magistrat constate également que beaucoup de mineurs qui boivent semblent être entraînés par des plus âgés, souvent des majeurs. "Lorsqu'on leur demande avec quoi ils se procurent cet alcool, on obtient jamais de réponse", déplore-t-il. L'enquête permet d'en apporter une : un buveur sur deux déclare que l’alcool qu’il consomme lui a été offert. L'enquête constate en effet que la consommation d'alcool se fait en groupe. Les jeunes qui ont des activités culturelles ou sportives ou qui participent à des voulés sont plus souvent buveurs que ceux qui n’ont aucune activité de loisirs. 97% des jeunes qui se déclarent buveurs, soit la quasi-totalité, participent à des voulés. Quoi qu'il en soit la vente d'alcool aux mineurs (interdite désormais aux moins de 18 ans depuis le vote récent de la loi Bachelot) n'est absolument pas contrôlée sur l'île, les actions de contrôles étant uniquement faites sur la conduite en état d'ivresse. L'alcool est également un produit accessible et c'est sans surprise la bière qui est la boisson alcoolisée plébiscitée avec 92% des jeunes buveurs qui en consomment au moment de l'enquête. Viennent ensuite le vin avec 52% et les alcools forts avec 46%. Le trembo (vin de palme fermenté) était encore consommé par 23% des buveurs en 2003. Une recherche d'échappatoire "Le plus souvent, l'alcool est mélangé au bangué et aux médicaments", constate Michel Sastre. Il y a encore un ou deux ans, du Rivotril, anxiolytique et hypnotique puissant, circulait dans les établissements scolaires, on peut encore aujourd'hui se procurer certains anti-douleurs très puissants venus d'Inde et interdits à la vente sur le territoire français. "Il y a un phénomène particulier ici : lors des cambriolages, on vole souvent l'alcool", poursuit le magistrat. "Cette jeunesse cherche à s'échapper, à planer, par tous les moyens." Un constat corroboré par l'enquête : lorsqu'on leur demande de chiffrer leur consommation habituelle, la majorité des jeunes pointe le nombre de verres ou cannettes le plus élevé proposé par le questionnaire, soit 7 et plus. Le fait de loger dans un banga et non dans sa famille est également un facteur très aggravant : chez les garçons de 12-14 ans 5% de ceux qui n’habitent pas dans un banga déclarent boire. Contre 15% de ceux qui vivent dans un banga. Chez les 15-19 ans on passe de 14% à 26% pour ceux qui vivent dans un banga. "L'alcoolisation est une conséquence de l'oisiveté", note le juge pour enfants, "ils sont exclus de l'école, trainent dehors à n'importe quelle heure, picolent et finissent par faire n'importe quoi." Pour autant, ces jeunes ne sont pas des alcooliques au sens médical du terme : ceux qui finissent en prison sont sevrés de fait, ils ne font pas de crise de manque lors de leur séjour. Pour les autres, la justice peut assortir des peines de sursis à une obligation de soin, et mettre en place des mesures de suivi comme la liberté surveillée. "Le problème n'est pas insurmontable", estime le juge Sastre. Encore faut-il une réelle volonté politique de s'y attaquer. Hélène Ferkatadji avec les données de l'enquête réalisée par Ipsos et Angalia pour le Crij
Résumé de l'enquête Ce sont les garçons qui boivent 3 facteurs à risque : - L’âge : les plus âgés boivent plus
- Le banga : vivre et/ou dormir dans un banga est un facteur à risque particulièrement pour les plus jeunes
- Etre né à Mayotte : les jeunes nés à Mayotte boivent plus
3 zones à risque bien définies, situées sur la côte Ouest de Mayotte. La consommation d’alcool est occasionnelle, en groupe et massive : "On se saoule entre copains". Les chiffres qui font peur : - 1 garçon sur 4 né à Mayotte et âgé de 12 à 26 ans déclare boire
- 39% des garçons âgés de 20 à 26 ans nés à Mayotte déclarent boire
- 20% des garçons âgés de 12 à 14 ans nés à Mayotte et qui vivent et/ou dorment dans un banga déclarent boire
- 46% des jeunes buveurs consomment des alcools forts
- 36% des jeunes buveurs déclarent boire 7 verres et plus lorsqu’ils s’alcoolisent
- Pour 1 buveur sur 2, l’alcool qu’il consomme lui a été offert
Les préconisations d'Angalia à la suite de l'enquête - Le questionnaire ne permet pas de savoir quelles personnes de l’entourage fournissent les jeunes en alcool. Ceci pourrait faire l’objet d’un complément d’enquête à l’occasion d'un prochain omnibus Ipsos (non réalisé à ce jour).
- L’enquête ayant été faite en 2002, il faudrait réactualiser les principales données. On pourrait ainsi mettre en place une observation sur les jeunes et l’alcool (non réalisé).
- Dans le cadre de cet observatoire, il faudrait normaliser le questionnaire et la méthodologie afin d’obtenir des informations comparables à celles disponibles sur d’autres territoires (non réalisé).
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